Universités béninoises : les profs font sévir le droit de cuissage

Il m’arrive de donner des cours de E-commerce et E-marketing dans certains établissements supérieurs de Cotonou la capitale du Bénin. Les Étudiant(e)s en quête d’opportunités vous demandent souvent des petites faveurs. N’allez pas comprendre autres choses, petites faveurs signifient :

–         Monsieur pouvez-vous m’aider à trouver un stage ?

–         Monsieur pouvez-vous m’aider à trouver un boulot dans une entreprise ?

–         Pouvez-vous être mon maître de mémoire ?

–         Pouvez-vous me conseiller pour la réalisation d’un site Internet personnel ?

–         Etc…

Des demandes tout à fait banales, des services que je peux rendre et que je rends souvent avec plaisir et sans problèmes. Je n’accepte pas souvent de prendre des mémoires car je ne reste jamais sur place très longtemps. J’ai la bougeotte à cause de mon travail de consultant IT et Coach de vie et je ne voudrais pas que mon style de vie pénalise les étudiants.

Mais un jour, j’ai vraiment eu honte d’être un homme, un mâle. Ce jour, j’ai souhaité que la terre s’ouvre sous mes pieds pour que j’y disparaisse.

Un soir, j’étais allé délivrer mon cours et bizarrement ce jour là, il n’y avait que des représentantes de la gent féminines dans la salle de cours. Ces dames et demoiselles me demandèrent si je pouvais leur trouver un stage ou un boulot ou encore être leur maître de mémoire etc. Je leur demandai tout simplement de me faire parvenir leur CV et que je verrai bien auprès de quelle entreprise déposer leurs dossiers. Elles continuèrent en me racontant les mésaventures qu’elles avaient déjà vécues avec certains autres collègues professeurs. Ces professeurs représentant de la gent masculine n’hésitaient pas selon ces demoiselles à :

1-    Première histoire : le professeur m’a donné rendez-vous dans un bureau. Je lui ai apporté le CV sur place et puis il m’a invité à aller prendre un pot (boire un coup) pour mieux discuter du type de boulot que je désirais. J’ai accepté et l’ai suivi, mais après le pot, il m’a conduit tout droit à un CP (Chambre de Passage dans le jargon béninois). Devant mon refus ferme de le suivre à l’intérieur, il m’a dit que je venais de griller mes chances de trouver un stage par son canal. J’étais interloquée et me sentais humiliée.

2-    Seconde histoire : il était mon maître de mémoire. Il a rejeté mon travail plusieurs fois, je ne sais pourquoi. Quand finalement j’ai pu avoir une entrevue avec lui, il m’a clairement signifié que si je voulais qu’il soit mon maître de mémoire, j’avais deux possibilités. Soit je baissais ma culotte, soit je lui payais 35.000 FCFA.

Devant mon étonnement et mon refus de croire à de telles histoires, les autres filles ont renchérit que c’était monnaie courante, et que les professeurs ont toujours considéré les universités privées comme des viviers à filles où ils pouvaient s’en taper autant qu’ils voulaient et après aller raconter leurs exploits entre mecs. (Soit dit en passant, un vrai homme ne raconte pas de tels soi-disant exploits, messieurs, un conseil si je puis me permettre : il faut oublier ce type de conversations de vestiaires ! les vrais hommes n’ont pas besoin de ça).

A ma question de savoir si elles se sont plaintes à l’administration, elles m’ont répondu que les plaintes n’ont presque jamais de suite. L’administration selon elles banalisaient la situation et ne leur offrait pas une oreille attentive.

Devant mon étonnement grandissant, elles me demandèrent d’arrêter de faire mon malin car j’étais aussi un homme et que je savais très bien de quoi elles parlaient. Elles étaient sures que je tenais de telles conversations avec mes chers collègues. J’avoue que depuis que Dieu m’a donné deux enfants du sexe féminin, j’ai pris conscience de la valeur de la femme et je ne regarde plus de film X ni ne tient des conversations de vestiaires sur mes exploits sexuels. Penser à mes filles me conscientise.

Hé oui, ce jour là j’ai vraiment eu honte d’être un mâle. Malgré mon mètre quatre vingt seize de taille, Je me sentais tout petit. J’avais perdu mon latin. Je tenais à peine sur mes jambes. Je ne pouvais imaginer que des hommes, pères de famille, pères de jeunes filles, enfants issus d’une femme, puissent profiter de leur position d’enseignants pour abuser de leurs étudiantes. C’est de la lâcheté, de la faiblesse et de la couardise qui ne dit pas son non. On ne peut appeler ces individus des hommes, ce qualificatif est trop d’honneur leur faire.

Je ne suis pas un saint. J’aime les femmes. Mais la séduction est un art, c’est l’art d’amener une personne à consentir à ce que vous souhaitez, dans la bonne humeur et de son plein gré. Le vrai séducteur se fait tellement désirer que c’est la personne convoitée elle-même qui le poursuit de ses intentions. Le chantage n’est pas de la séduction, c’est de la lâcheté.

L’enseignement est un métier noble et toute personne qui a la chance d’accéder à ce poste doit faire honneur à son titre d’enseignant. Il ne doit pas en profiter pour instaurer un droit de cuissage systématique avant de faire le travail pour lequel il est payé.

J’ai discuté du problème avec une amie doctorante à qui j’ai raconté ma mésaventure en salle de cours. Elle a corroboré les faits en me racontant qu’elle-même aurait pu avoir depuis belle lurette une bourse d’étude pour préparer son doctorat. Elle aurait même dû soutenir sa thèse deux ans plus tôt, mais malheureusement pour elle, elle n’a jamais consenti à jouer le jeu et à baisser la culotte, alors elle a été recalé à chaque fois. Cette pratique est monnaie courante sur le campus m’a-t-elle assuré et plusieurs dames ont dû prendre par ce chemin pour finir les études et avoir les précieux parchemins.

D’autres jeunes femmes prennent carrément les devants et vont-elles-mêmes proposer directement la « chose » aux « profs ». C’est une manière de prendre les devants. Voilà encore un autre cas à désavouer avec la dernière énergie.

Chers collègues, aidez moi à changer la définition de collègue en quelque chose de plus honorable, plus pur, plus humain.
En effet Collègue signifie : Personne peut intelligente mais qui inexplicablement fait le même travail que nous.

Halte au harcèlement des jeunes filles sur les bancs. Cela ne fait pas honneur à la gent masculine.

« Petit Pays, Avocat Défenseur des femmes, tu as encore du boulot ».

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Edmond NANOUKON
"Dans notre société, l'opposé du courage n'est pas la lâcheté... C'est la conformité - les humains agissent comme n'importe quel autre humain, sans savoir pourquoi ni là où ils vont". - Rollo May

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