Modifications des constitutions en Afrique : quelles solutions !

En République du Bénin, vers la fin du mandat de chaque Président de la République, le psycho drame de la modification constitutionnelle s’installe. Nous avions déjà vécu cela en 2006 vers la fin du second mandat de Kérékou II. Les thuriféraires du régime avaient fait feu de tout bois pour apporter des modifications à la constitution afin de maintenir leur champion au pouvoir. Non parce que Kérékou était le meilleur des présidents, mais parce qu’il était la seule caution pour permettre à une certaine classe de continuer à bénéficier en tout impunité des privilèges du pouvoir. Néamoins, le branle-bas de combat des ONG et autres organisations de la Société civile avait permis de mettre fin à ce projet funeste pour la démocratie en son temps.
Nous sommes actuellement en 2014, le pays tend encore vers la fin du second mandat du Président Boni Yayi et nous revivons le même psycho drame. Les marches de soutien au Chef de l’Etat, les meetings de remerciement des nouveaux ministres et même des anciens Ministres, les inaugurations d’infrastructures publiques sont devenus des tribunes où les inconditionnels du régime du Président Yayi l’invitent à rester au pouvoir afin de finir ses chantiers. Il est évident que pour rester, il doit y avoir modification de la constitution, car la constitution béninoise accorde au Président élu deux mandats non renouvelables.
Le Bénin n’est pas un cas isolé sur le continent africain. Le même débat autour de la révision constutionnelle et de la limitation du nombre de mandats présidentiels se déroule dans plusieurs pays africains à l’heure actuelle : Burkina-Faso, Cameroun, Togo, Algérie, République Démocratique du Congo, Cameroun, Tchad, République du Congo, Burundi pour ne citer que ceux-là. Dans certains cas, pour les père de la nation les plus chanceux, la constitution prévoit déjà un nombre de mandats illimités, mais l’opposition dans ces cas tient à la changer pour en limiter le nombre à deux. Dans les deux cas de figure donc, tous les camps, opposition et pouvoir cherchent à modifier la constitution.
Plusieurs solutions sont proposées par ci et par là par des têtes pensantes, autorisées ou non. Le Président du Burkina estime quand à lui que les peuples africains ont besoin d’hommes forts pour les diriger, dans d’autres pays, on supplie juste le « père de la nation » de rester pour achever ces chantiers, etc.
Comment résoudre donc une fois pour de bon ces débats permanents en Afrique ? Comment pouvons-nous stabiliser nos démocraties naissantes ?
Prenons un exemple qui fonctionne : La République d’Allemagne. En Allemagne, le Chancelier qui détient le pouvoir exécutif est issu de la coalition majoritaire au parlement. Angela Merkel en est actuellement à son 3èm mandat. Un Chancelier avant elle avait réussi à faire 4 mandats de 4 ans. En effet si le peuple apprécie le travail et les résultats obtenus par celui qui est au pouvoir, pourquoi le changer ? ne dit-on pas qu’on ne change pas une équipe qui gagne ?
Si cela marche aussi bien en Allemagne, c’est pour une et une seule raison : LA LISTE ELECTORALE ET LA FIABILITE DU PROCESSUS ELECTORAL. En effet c’est la liste électorale fiable et des résultats sincères du processus électoral qui sont les instruments centraux qui font ressortir en chiffres le choix de la population. Dans tout pays où la liste est fiable et le processus électoral sans fraude, les consultations se passent plutôt bien, les élus sont vraiment les personnes auxquelles les populations ont accordées leur suffrage.
En Afrique malheureusement et surtout dans les pays cités plus haut, il se pose soit un problème de fiabilité de la liste électorale, soit de fraude généralisée lors des consultations électorales, soit de fragilisation et de persécution des ténors de l’opposition. La persécution de l’opposition passe par des arrestations et des procès à tout bout de champ contre les opposants au régime pour divers chefs d’accusation à savoir : outrage au Chef de l’Etat, incitation à la violence, dégradation de biens publics, tentative de viols, etc. tout est mis en œuvre pour que les opposants se tiennent à carreaux sinon, pour eux c’est aller retour case prison – maison.
La non fiabilité de la liste électorale et les fraudes électorales sont les plaies des jeunes démocraties africaines. Très rares sont les pays du continent où les élections ne sont pas contestées. L’opposition béninoise ne s’est pas encore remise de l’historique KO du premier tour des élections présidentielles de 2011 qui ont vu la réélection du Président Boni Yayi. Les contestations dans les rues avaient été étouffées dans l’œuf par les forces de l’ordre. Le cas n’est pas plus reluisant dans les autres pays.
Depuis plusieurs années, les élections municipales n’ont pu être tenues au Bénin à cause de l’indisponibilité de la liste électorale informatisée appelée LEPI. Il n’est pas sûr que les élections législatives et présidentielles auront lieu, toujours faute de liste électorale fiable et consensuelle. C’est à ce niveau que les africains, société civile, politiciens et partenaires technique et financiers qui mettent la main à la poche lors des joutes électorales en Afrique devraient concentrer leur effort. Pour une démocratie viable et sincère en Afrique, il faut absolument que les listes électorales soient fiables et consensuelles et que la fraude soit endiguée lors des opérations de vote.
Si les processus électoraux sont sincères, nul besoin de limiter le nombre de mandat présidentiel. Le peuple a bien le droit de reconduire une équipe qui réussit comme en Allemagne.
C’est ce que je pense en tout cas.

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Edmond NANOUKON
"Dans notre société, l'opposé du courage n'est pas la lâcheté... C'est la conformité - les humains agissent comme n'importe quel autre humain, sans savoir pourquoi ni là où ils vont". - Rollo May

Une réflexion au sujet de « Modifications des constitutions en Afrique : quelles solutions ! »

  1. Cet article renforce ma conviction que les Noirs d’Afrique peuvent trouver la voie du salut, c’est-à-dire la voie du bien-être social. La problématique de la limitation des mandats présidentiels en Afrique, pour une fois, est posée dans des termes en adéquation avec l’objectif des luttes des masses sociales : l’acquisition du bien-être social. Limiter les mandats ne résoudrai ni les problèmes de corruption, ni ceux relatifs à la confiscation du pouvoir au profit d’une minorité. La réponse est de définir des mécanismes pouvant assurer la sincérité du résultat des votes. Mais également des mécanismes assurant que le peuple pourra se prononcer dans les moments cruciaux de sa vie. Cela va avec la garantie des droits à l’instruction, à l’information vraie. Ainsi, on aura la certitude que celui qui est au pouvoir l’est suivant la volonté du peuple.
    Toutefois, je trouve que les jugements de valeur de l’auteur sur la gestion de certains présidents en Afrique est biaisé par les jugements des occidentaux, jugements qui sont définis exclusivement par les intérêts de ces derniers. A part cela, l’article est à saluer. Sincèrement.

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