Sacre peuple béninois !

Une fois encore les béninois ont bluffe le monde entier, moi-même fils de ce pays en premier. Je n’y croyais pas, vraiment. C’est sur que je réfléchissais trop et regardais trop dans le rétroviseur afin de prévoir de quoi sera fait demain. Le Président sortant, Boni Yayi s’était révélé au fil des années comme un très redoutable animal politique, “détruisant et déchiquetant” tout ce qui s’opposait a lui, hommes comme Institutions de la République. Le summum de sa maitrise politique a été le KO électoral au premier tour des élections présidentielles de Mars 2011 qui avait laissé tous ses opposants et le people groggy. Personne ne pensait qu’il allait oser aller si loin. Mais il l’avait fait et c’était passe comme une lettre à la poste. Mais c’était compté sans le people béninois qui s’était promis de prendre sa revanche, patiemment et tranquillement. Le people savait que 05 ans passaient très vite, il n’y avait aucune raison de se précipiter, de faire du forcing ou faire couler du sang. Le peuple béninois a horreur de la violence et a fait preuve d’une patience et d’une sagesse divine. « Six jours pour le voleur, un jour pour le propriétaire » dit-on dans mon dialecte.

Entre temps Yayi a tenté de faire modifier la constitution pour s’offrir un 3em et surement après un énième mandat, mais rien n’y fit, il trouva sur sa route les Députés, la société civile et l’opinion publique fermement décidés a lui barrer la voie. La phrase qui résumait la méfiance pour ne pas dire la défiance envers le pouvoir en ce moment était : “ Révision constitutionnelle oui, mais pas au temps de Yayi, il ne rassure pas”.

Bon gré mal gré, le Gouvernement a fini par organiser les élections. Il faut avouer que les préparatifs à la CENA et la CNT, vue de l’extérieur étaient plutôt calamiteux. Le CNT, Centre National de Traitement n’avait pas excelle depuis plusieurs années dans les préparatifs des cartes d’électeurs. Les Elections législatives qui avaient eu lieu 01 an plus tôt se sont déroulées dans une ambiance plutôt bizarre, un cafouillage indescriptible au niveau de la distribution des cartes d’électeurs et de la proclamation des résultats. Avec les nouvelles technologies de l’information, la Société Civile et toute structure bien organisée comme les Etats-majors de certains partis politiques avaient compiles les résultats quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote. Les grandes tendances étaient déjà connues du people connecte. Néanmoins, plus de 7 jours après les élections législatives, la CENA se fendait d’un communique selon lequel les réseaux sociaux publieraient des résultats pouvant troubler la paix et créer des tensions dans le pays et qu’elle était la seule institution habilitée à donner des grandes tendances. En ce moment j’étais tombé des nues et me demandait si cette institution était sérieuse. La CENA pouvait être en retard sur l’évolution technologique de son époque, c’était un fait, mais vouloir imposer ses “tares” à tout un peuple largement au pas avec la modernité, là il fallait oser, et comme le Benin est le pays de tous les extrêmes, la CENA a publié un tel Communiqué, en attendant que les antiques “cantines” qui servaient à transporter les bulletins de votes vers la CENA soient toutes acheminées vers le siège de l’auguste institution à Cotonou.

Tout ceci n’augurait de rien de rassurant pour les élections présidentielles à venir en 2016. Yayi entre temps, vaincu et convaincu qu’il ne pourrait jamais réviser la constitution a tenté par un autre coup de force dont il a le secret d’imposer son jeune Ministre des finances Komi Koutche comme Président de l’Assemblée Nationale. Le jeune échoua au pied du perchoir a une voix près : 41 voix contre 42 pour le nouvel ancien Président du Parlement, le Sphinx Adrien Houngbedji. C’était la première victoire du peuple et un désavoue populaire des manœuvres du Président yayi pour garder le pouvoir dans son cercle de proches dont le Slogan était désormais “Apres nous, C’est nous”. Une vraie liesse populaire avait salué cette élection à Porto-Novo, la Capitale du pays et fief électoral du nouveau Président de l’Assemblée Nationale. Les rumeurs faisaient état de ce que yayi tenterait par ce biais de céder le pouvoir au jeune Ministre avant le terme de son mandate présidentiel en prétextant une maladie ou une indisponibilité handicapante a achever son mandate. Selon la Constitution Béninoise, c’est le Président de l’Assemblée Nationale qui succède au président de la République en cas de décès, démission ou incapacité à exercer le pouvoir d’état durant son mandat.

La marche vers l’organisation des élections présidentielles s’annonçait donc périlleuse, sur un chemin dangereux, truffé de mines et de pièges en tout genre, tant les intérêts en jeu dans ce petit pays, 23em plus pauvre pays au monde semblent colossaux pour les acteurs habitues à prendre leur aise dans ce marigot de bout de terre ou la majorité de la population vit dans la souffrance et la misère.

Tous les ingrédients étaient réunis pour que tout aille de travers. Néanmoins les béninois, peuple croyant et superstitieux se sont mobilisés avec l’énergie de l’espoir et la foi du héros pour réclamer, puis aller chercher leurs cartes d’électeur. Des rumeurs persistantes évoquaient un KO electoral dès le premier tour au profit du candidat Lionel Zinsou, dauphin auto-imposé du Président Yayi et porte flambeau d’une coalition contre nature FCBE-RB-PRD censée rafler 75% des suffrages dès le premier tour des élections présidentielles. En effet, selon les calculs mathématiques inexacts des politiciens, Les FCBE, la coalition de partis qui soutient le Chef de l’Etat Boni Yayi, la RB parti de l’ancien Président Nicéphore Soglo et de l’actuel Maire de Cotonou Lehadi Soglo et le PRD parti de Maitre Adrien Houngbedji Président de l’Assemblée nationale, maitrisent respectivement 40%, 15% et 20% de l’électorat béninois. D’où leurs prévisions du KO électoral dès le premier tour des élections .

Le Président Boni Yayi s’est jeté comme un enragé dans la campagne pour soutenir son champion, le Premier Ministre Lionel Zinsou. Il a mouillé le maillot comme on dit en sport, il a insulté, menacé, inauguré mille projets de développement, posé dix mille premières pierres, parcouru le pays de long en large afin de contrecarrer les velléités présidentielles de son ennemi juré Patrice talon. Ce dernier, puissant homme d’affaires qui a été pendant longtemps le bras financier de Yayi était entre temps tombé en disgrâce auprès du prince de Tchaourou qui l’avait accusé de tentative d’empoisonnement contre sa personne. J’avais consacré un billet à ce évènement socio-politique en son temps. Après plusieurs procédures judiciaires et des rebondissements qui ont tenu en haleine les “laborieuses masses de nos villes et campagnes” pendant plusieurs mois, le Président avait fini par accorder son pardon présidentiel à l’homme d’affaires Patrice Talon, mais les deux n’ont jamais réussi a fumer le calumet de la paix.

Patrice Talon, homme discret, inconnu sur Google en juin 2013 est devenu Candidat à la Présidence de la République Béninoise ainsi que 32 autres prétendants, une liste pléthorique mais une spécificité béninoise.  Au jour J le peuple a su dire son droit. En effet au sortie du premier tour, trois candidats ont raflé 75% des suffrages des électeurs. Dans l’ordre Lionel Zinsou, Patrice talon et l’autre homme d’affaires Sebastien Germain Adjavon. Les partis politiques traditionnels comme le PRD et la RB ont tout simplement été laminés dans leur fiefs électoraux. Pourtant, selon les termes consacrés, ils avaient affirmé dans leurs déclarations de soutien à Lionel Zinsou que leur décision avait été prise après une large consultation de leurs militants à la base…. Et d’autres arguties du jargon politiques que je préfère ne pas évoquer.

Ayant sans doute compris son retard technologique sur le peuple lors des élections législatives, la CENA a publié les grandes tendances quarante-huit heures à peine après la fermeture des bureaux de votes. C’était une première à saluer car même si elle était en retard sur la population de près de 36 heures, l’Auguste institution, organisatrice des élections a su s’affranchir des pressions du Gouvernement pour publier les grandes tendances qui allaient dans le sens des compilations réalisées par les états-majors des partis et des institutions de sondages spécialisées. Les résultats photographiés de plusieurs bureaux de vote circulaient d’ailleurs sur les réseaux sociaux. Après cette grande première et la confirmation de la cours constitutionnelle quelques jours plus tard, les deux qualifiés sont repartis sur le terrain. Patrice Talon avait réussi l’exploit de rassembler autour de sa personne la majorité des perdants du premier tour dont surtout les 3em, 4em et 5em en termes de suffrages obtenus.

A l’issu des votes du second tour, la population savait la nuit même que le candidat Patrice Talon avait rafle la mise en écrasant son rival Lionel Zinsou avec plus de 65% des suffrages. Un vrai plébiscite. La CENA a confirmé les grandes tendances sorties des urnes au plus 24h après la fermeture des bureaux de vote. Et fait rarissime en Afrique, le candidat malheureux Lionel Zinsou a appelé moins de 24 heures après le Président élu pour lui présenter ses vives félicitations. Ce geste historique a permis de désamorcer toute velléité contestataire du camp présidentiel. Cet acte ayant l’élégance des grandes démocraties a apaisé les populations, rassuré les observateurs et confirmer que les populations de ce pauvre et petit pays dans la géopolitique et la géographie mondiale, avait du bon sens et beaucoup de choses à apporter à l’Afrique.

La paix a prévalu. Un changement de régime s’est déroulé sans heurts, sans écoulement de sang, sans coup de feu. Même lorsque les cortèges de deux candidats se rencontraient dans les rues de Cotonou, c’était la fête, embrassades et street dance. Le peuple a fait son choix. Le Président Yayi qui a joué avec le feu lors de cette campagne a été le vrai Directeur de campagne de Talon comme il l’avait été pour Candide Azannai lors des Elections législatives. Si vous souhaitez gagner une élection au Benin, arrangez-vous pour devenir l’ennemi de premier plan de yayi. Vous serez élu à coup sûr.

Une autre grande leçon tirée de ces élections présidentielles est que le Benin est en voie de devenir une nation. En effet , jusque dans un passé récent, les électeurs de la partie septentrionale du pays étaient réputés pour ne voter que pour les ressortissants de leur teroir. Mais tout a été différent lors de ces élections. Les trois candidats arrivés en tête au premier tours étaient tous du sud et malgré les appels de pied de Yayi, les électeurs du nord, à l’occasion du second tour ont dans leur grande majorité voté pour le candidat de la rupture en la personne de Patrice Talon. En cette veille de pâques, l’on peut déclarer qu’une nation nous est née, on l’appellera République du Benin. Merci à Boni Yayi de nous avoir unis en cherchant à nous diviser.

Pour moi l’homme de l’année 2016, c’est le peuple béninois et ce peuple mérite le prix Nobel de la paix 2016 dont j’invite instamment les acteurs de la société civile à porter et défendre la candidature à OSLO dans les semaines qui viennent.

En cette période de Pâques une nation nous est née, on l’appelle le Bénin. En cherchant à nous diviser le Yayi nous a uni car du nord u sud l’aspiration au vrai changement était unanime et irréversible.

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Edmond NANOUKON
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