L’urbanisation : le nouveau visage de Cotonou, la capitale du Bénin

Mon oncle, aujourd’hui âgé de 60 ans, a passé presque toute sa vie à Cotonou. Il y a étudié et y a travaillé pendant plus d’une trentaine d’année.  Un jour, le vieil homme s’est perdu dans les rues de la capitale béninoise. La faute à qui ? A l’urbanisation récente et spectaculaire de la ville. 

Pour ceux qui connaissent Cotonou, la capitale du Bénin, mon oncle a vécu longtemps à Sainte-Rita, puis Zogbo avant d’aller s’installer dans la commune voisine de Calavi, il y a de de cela une quinzaine d’années. Mon oncle connait donc Cotonou comme sa poche. Comment se fait-il donc qu’en ce début d’année 2017, mon oncle se trompe de route entre Calavi et Zogbo carrefour ? Pourquoi s’est-il retrouvé à Fifadji alors que sa destination finale était Zogbo,  qu’il a dépassé de plus de deux kilomètres ?

Mon oncle jouit pourtant de toutes ses facultés mentales et oculaires et il n’est pas non plus menacé par Alzheimer. La réponse est qu’Il s’est perdu par la faute de Talon et son bras armé Toboula. Hé oui, ces deux-là (Talon Président de la République du Bénin et Toboula Préfet du Département du Littoral ont décidé de rendre la ville de Cotonou propre et moderne, malgré l’opposition d’une partie des Cotonois. Connaissant mon oncle, sachant quel genre d’homme pragmatique il est, il n’en voudra pas à Toboula et son équipe. Mon oncle est prompt à protester et condamner, mais c’est également un homme sincère qui sait apprécier les bonnes choses., et je suis convaincu qu’il doit être heureux de s’être perdu à Cotonou en ce début d’années.

Cotonou était devenu un dépotoir d’ordures à ciel ouvert

Tous ceux qui aspiraient au développement et à la modernisation se désespéraient de l’état d’insalubrité avancé de la ville capitale du Bénin. Cotonou était devenu un dépotoir d’ordures à ciel ouvert dont les trottoirs étaient le royaume des marchands de tout bord et surtout de l’essence frelatée importée du Nigeria voisin. Les piétons étaient obligés de marcher sur les voies réservées aux véhicules, d’où des accidents répétés de la circulation graves. Et pourtant on aurait pu épargner ces vies humaines en respectant tout simplement la chose publique au détriment de l’anarchie.

Les devantures des maisons étaient enlaidies par toutes les baraques anarchiquement construites sur le domaine public. Les Cotonois prenaient plaisir à construire des boutiques plusieurs mètres au-delà des limites de leurs maisons.  Les terres plein au milieu des boulevards, les esplanades pour les piétons étaient pris d’assaut par des commerçants de tous genres avec des installations aussi archaïques les unes que les autres.  Des tentes, des baraques de tôles, des hangars, des abris de fortune construites à la hâte avec de vieilles tôles rouillées ou des toiles cirées noires. D’autres terre-pleins servent de showrooms aux vendeurs de voiture de seconde main. Les piétons n’ont plus d’espace pour circuler et même les arbustes plantés au milieu ou au bord des voies pour embellir la ville sont systématiquement massacrés pour faire place nette aux activités commerciales.

L’anarchie urbaine faisait les affaires de la mairie

Aucun acte n’était assez horrible, pour défigurer le visage de cette ville qu’on veut quand même appeler capitale. Cotonou était tout simplement devenue une bourgade et le pire c’est que aucun quartier n’était épargné. Même les quartiers dits huppés de Cotonou avaient leurs lots de hangars en plus des nids de poules qui se transforment en lac dès les premières pluies. Ah non, Cotonou ne faisait pas du tout rêver.  Néanmoins, cette anarchie urbaine faisait les affaires de la mairie qui facturaient les propriétaires de maison et de boutiques selon la surface du domaine public occupé, tout ceci au détriment de l’esthétique et de l’architecture d’une cité censée être la vitrine du pays, mais qui s’enlaidissait au jour le jour. Peut-être est-ce vraiment la vraie face intérieure de la population de cette ville.

Un petit voyage à Abidjan ou Lomé et la comparaison était vite faite et ce n’était jamais à l’avantage de Cotonou.  La capitale du Bénin se retrouvait à des années lumières de Lomé et d’Abidjan en terme de modernisation, de propreté et de respect du domaine et de la chose publique.

Une circulation qui fait froid dans le dos

En ce qui concerne la circulation, il n’y a pas photo non plus comme on dit. Autant les béninois conduisent leurs voitures et motos dans une anarchie totale, sans aucun de la route, autant les Togolais et les Ghanéens respectent scrupuleusement le code de la route. Un respect des règles qui n’a rien à envier aux pays développés.  Le plus préoccupant est qu’une bonne partie des Cotonnais aiment cette anarchie urbaine, car elle fait leurs affaires. La plupart des Béninois vivant dans des maisons bordant une grande voie se sont découverts des dons de commerçants et les trottoirs en face des maisons sont les boutiques toutes désignées.

Les propriétaires de voitures au Bénin ne peuvent compter le nombre de fois où une vendeuse de riz ou de « Tchapalo » au bord de la voie publique leur a interdit de garer leur voiture sur le trottoir en face d’elle. Elles expriment le refus avec autorité de garer et malheur au chauffeur qui se hasarde à leur tenir tête. Il est traité de tous les noms d’oiseaux et voué aux gémonies. Elles ne manquent pas entre deux insultes grossières de lui rappeler qu’elles paient des taxes à la Mairie.

Mettre fin au champs de bataille par la modernisation

Les Béninois aimant vraiment leur pays rêvaient vraiment du jour béni où toute cette anarchie prendrait fin, car Cotonou n’était plus une ville, mais presqu’un champ de bataille où le plus fort se taillait la part du lion et faisait la loi. Dieu Merci Talon et Toboula ont décidé de donner un nouveau visage à cette ville en nous faisant prendre conscience de ce que représente une cité.  Des anti-progressistes vont sûrement criés sur tous les toits, maudit les autorités avec des paroles plus grossières les unes que les autres, mais on devrait tout simplement recommander à ces mécontents de se retirer dans les villages en attendant que la modernité vienne les refouler plus loin dans la brousse s’ils ne veulent toujours pas comprendre.

Je suis tellement heureux que mon oncle se soit égaré dans la ville où il a vécu près d’une quarantaine d’années et je suis convaincu que quelque part, en y repensant, lui-même doit avoir un sourire de satisfaction au coin de la bouche.

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Edmond NANOUKON
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