L’Afrique a du talent : Le policier et le devin

Cette histoire m’a été raconté par un ami dont je ne doute pas du sérieux.

L’arme de service perdue

Un jour, un policier a malencontreusement égaré son arme de service. Il a beau fouillé sa voiture, toutes les pièces de sa maison, rien n’y fit. Son épouse et ses enfants lui ont prêté mains fortes ou yeux perçants je dirai, rien n’y fit. Tout un week-end de recherches, et rien. Le policier était préoccupé. Sans l’arme, il ne pouvait se présenter au service, sinon il aura des soucis disciplinaires et administratifs.  Le lundi donc, il préféra appeler son service pour demander un congé maladie de quarante-huit heures. Il espérait que ce délais serait suffisant pour retrouver son arme et se sauver des ennuis qu’il ne manqueraient pas d’avoir au service si jamais cela se savait.

La solution : un visionnaire

Toute la première journée de la semaine, la maison fut mise sens dessus, sens dessous, mais sans grand résultat. La mort dans l’âme, le policier se résolut à se confier à un ami proche qui était un peu comme son conseiller. Son ami le rassura en lui assurant qu’il y avait bien une solution. Il lui donna l’adresse d’un devin qui habitait dans un village, à une centaine de kilomètres de la ville du policier. Cet homme possèderait des pouvoirs extraordinaires, de vision et de guérison.  Même les grands politiciens vont le consulter lui dit son ami.

Le rôle multiple des devins en Afrique

Le policier sauta dans sa voiture immédiatement et se rua chez le devin. Ce dernier habitait une grande cour, avec beaucoup de grands arbres qui donnaient de l’ombrage. Des bancs disposés sous les arbres étaient déjà occupés par une dizaine de personne qui attendaient d’être reçus par le devin. Les motifs de leurs visites étaient divers. Certains étaient là pour trouver l’amour, du travail, résoudre des soucis financiers, guérir de maladies, retrouver de précieux objets égarés, etc. Dans ce coin de l’Afrique, les devins jouent encore un rôle social très importants. Ils sont les sages que l’on consulte souvent avant d’entreprendre toute action importante. Ils sont les premiers médecins consultés dans les villages en cas de maladie, ils sont « médecins, psychiatres, psychologues, mentors, coachs, etc ». Surtout dans des pays où l’accès aux soins de santé dans les hôpitaux demeurent un luxe pour un grand nombre, le devin est la solution de proximité. Les populations ont foi en eux. Culturellement, cela en a toujours été ainsi. Chaque village a son ou ses devins que les habitants vont consulter pour toute sorte de besoin. Même les politiciens ou les intellectuels habitants des palaces en ville ont recours à leurs services. En Afrique, c’est culturel, il faut « consulter ».

Les premiers seront les derniers

Notre ami policier prit place, il était en cinquième position dans l’ordre d’arrivée sur le banc d’attente. De temps en temps, après avoir traité un cas, le devin sortait sur la terrasse de son « cabinet » de consultation pour appeler le suivant. Après quatre heures d’attente, le tour du policier arriva. Mais à sa grande surprise, le devin lui demanda d’attendre et reçu plutôt la personne qui était venue après lui. Et il continua ainsi jusqu’à la nuit tombée. Au crépuscule, lorsque les grillons et les criquets entamèrent leurs chants, un des enfants du devin vint informer le policier qu’il devait plutôt revenir le lendemain car le « grand homme » avait déjà achevé sa journée.

Le policier était furieux, il aurait dit au devin ses quatre vérités s’il l’avait en face de lui, mais bon, voilà que d’un autre côté « sa vie » dépendait de ce devin. Il se contenta donc de ravaler sa rage, repris sa voiture et rentra chez lui.

Espoir et Persévérance

Le lendemain, dès les premiers chants du coq, il se leva, prit sa voiture à nouveau et se rua chez le devin afin d’être le premier consulté. Il réussit son pari car, il était en effet arrivé dans la cour du devin avec les premiers rayons du soleil et était le premier sur les bancs.  Il attendit ainsi presqu’une heure de temps. de nombreuses personnes sont venues en consultation après lui. A un moment donné, le devin ouvrit sa porte, et depuis son perron salua l’assemblée des « patients » puis fit signe à celui qui est arrivé après le policier de venir. « Ah non, ça ne va pas recommencer » rumina le policier en lui-même. Il ne voulait pas élever la voix de peur de contrarier son potentiel « sauveur ».  Il prit donc son mal en patience et attendit. Mais le même scénario de la veille se reproduisit. Le devin reçut tous ceux qui étaient arrivés après le policier. Le soir, il lui fût dit à nouveau de revenir le lendemain car le devin avait achevé sa journée. Là il ne put se contenir. Il explosa de colère. Ce devin se prenait même pour qui ? savait-il à qui il avait affaire ? a –t-il seulement idée que c’est à un policier qu’il perdait ainsi le temps ? qu’il était respecté et craint par la populace ? il se dirigea vers la case du devin pour frapper à sa porte et le forcer à sortir. Mais brusquement, la porte s’ouvrit et le devin apparut. Le policier se dirigea vers lui pour lui dire le fond de sa pensée. Mais l’homme le regarda avec un regard froid et intense qui l’immobilisa sur place dans son élan.

Va faire la paix avec ta femme

– Ecoutes moi bien lui dit le devin, si tu as emmerdé et manqué de respect à ton épouse jusqu’au point où elle a décidé de te punir, tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même.  Descends donc de tes grands chevaux et va présenter tes excuses à ton épouse qui a caché ton arme de service dans le recoin de votre matelas.  Elle a carrément cousu l’arme dans le matelas. Allez Ouste.

Le policier était surpris. Il n’avait même pas expliqué au devin pourquoi il arrivait chez lui depuis trois jours. Il n’en avait parlé à personne sur les bancs d’attente. Comment donc cnnaissait -il l’objet de ses visites. Le policier bredouilla un merci et voulu s’enquérir des frais de services, mais le devin le laissant planté comme un arbre au milieu de la cour s’en était déjà retourné dans con cabinet en le congédiant d’un geste de la main.

Il grimpa dans sa voiture et roula le plus vite qu’il put. Arrivé dans sa maison, il se muni d’un couteau, courut dans la chambre, se saisit du matelas et le déchira à l’endroit exact que le devin avait indiqué. Il fourra sa main dedans, fouilla un peu et sa main toucha l’arme qu’il retira du matelas.

Il s’assit et se prit la tête entre les mains. Il se croyait fort, mais il venait de rencontrer plus fort que lui.

Fin de l’histoire.

Mais selon vous, pourquoi le devin ne l’a-t-il pas reçu comme tous les autres ?

Que fera ou dira le policier à sa femme ?

L’Afrique est plein de mystères. Ne vous limitez jamais à ce que vos yeux voient sur ce continent.

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Edmond NANOUKON
"Dans notre société, l'opposé du courage n'est pas la lâcheté... C'est la conformité - les humains agissent comme n'importe quel autre humain, sans savoir pourquoi ni là où ils vont". - Rollo May

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