Parce que l’homme noir revient de très loin

Plus j’observe, mieux je comprends les difficultés des nous les noirs à nous adapter au monde tel qu’il se trouve aujourd’hui.

Je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi l’Afrique accuse autant de retard sur le reste du monde. Observé sous le prisme occidental, ce retard se remarque dans presque tous les domaines de l’activité humaine. Il est technologique, militaire, scolaire, économique, financier, humain, etc. Il m’est arrivé de faire des conjectures, d’écrire des articles à charge contre mes frères, d’accuser, de condamner, de critiquer, etc. Mais quelque chose en moi me disait toujours qu’il devait manquer une ou des pièces de puzzle pour situer le problème africain.

J’ai fini par tomber par hasard sur un début d’explication au mal du peuple noir, partout sur la terre, qui me semble pertinent. En effet, on ne peut comprendre le présent d’un peuple sans étudier son histoire. Et que nous raconte l’histoire de l’Afrique ?

L’histoire nous raconte qu’il y a plusieurs milliers d’années, le premier homme est apparu en Afrique. Il avait la peau noire, puis des milliers d’années plus tard, l’homme a commencé à migrer de l’Afrique pour aller conquérir d’autres contrées du monde. Ceux qui sont allés vers les zones au climat froid ont commencé à avoir la peau claire par effet d’adaptation aux conditions climatiques.

Avec le temps, l’homme resté en Afrique a commencé à se moderniser. Des civilisations brillantes sont apparues dans la vallée du Nil. Nous pouvons citer l’Egypte des Pharaons et la Nubie. Les mathématiques, la médecine, la physique, la chimie, l’écriture, l’astrologie, l’agriculture, l’architecture, l’urbanisme, la théologie, l’organisation de la cité, etc. étaient maîtrisés par les anciens Egyptiens et Nubiens. Se servant de ces sciences, ils ont réalisé à cette époque des œuvres grandioses qui laissent encore les hommes dans l’étonnement aujourd’hui, au 21ème siècle.

Mais il est bien connu en physique que la lumière attire les insectes et toutes les attentions aux alentours. Les autres peuples habitant autour de l’Egypte et même plus loin ont commencé à convoiter toutes ses riches matérielles, intellectuelles et technologiques. Après de multiples attaques et guerres, l’Egypte pharaonique s’est effondrée et toute sa richesse matérielle a été pillée. La richesse intellectuelle elle aussi a été volée et réécrite au nom des envahisseurs.

Obligés de fuir les hordes perses et grecques ainsi que la destruction de leur royaume, les habitants de l’ancienne Egypte ont migré vers l’Afrique subsaharienne où ils ont créé de grands empires tels que le Ghana, le Mali et l’empire Songhaï qui brillaient par leur richesse intellectuelle, politique et matérielle. Mais de nouveau, vers les années 1300, de nouvelles attaques ont recommencé sur ces royaumes. Les Arabes au Nord et à l’Est et les Européens sur les côtes ont cerné l’Afrique. Comment un royaume peut-il survivre à autant d’attaques ? Des hordes toujours plus puissamment armées que les précédentes attaquaient sans répit. Des razzias sévissaient du nord vers l’intérieur des terres, et également des côtes vers l’intérieur des terres. Elles permettaient aux esclavagistes de capturer les « Bois d’ébène » pour les amener de force vers l’Arabie ou les Amériques où ils devaient travailler sans rémunération pour l’enrichissement des maîtres. Et cela a duré 400 ans. Imaginez un peu la condition de vie et l’état mental d’un peuple qui est ainsi persécuté pendant 4 siècles, 4 longs siècles. Près de 10 générations en tenant compte de l’espérance de vie à cette époque. Que pouvait transmettre, enseigner un père à ses enfants ? L’art de survivre, de fuir, de se cacher, naturellement.

Un peuple qui ne peut dormir sur ces deux oreilles ne peut avoir le temps de philosopher, de faire les mathématiques, de penser à l’écriture, de développer l’agriculture ou de regarder les étoiles pour retracer la carte de l’univers. Le quotidien des Africains étaient à cette époque et jusque dans les années 1840 consacré à la survie. C’était une vie d’animal traqué, aux abois, sans espoir et sans projet. Tout savoir acquis dans le passé était progressivement oublié car le noir était désormais en mode « survie ».

L’esclavage prit fin vers le milieu des années 1830 pour faire place immédiatement à la colonisation. Coloniser est défini comme « occuper un lieu, l’envahir et le dominer économiquement, politiquement et culturellement ». De 1830 à 1960, donc plus de 130 ans, les pays d’Afrique étaient sous le joug colonial européen. La domination et annihilation de qui ? de quoi ? étaient totales.

Les colonisés étaient soumis aux impôts coloniaux et aux travaux forcés. Ceux qui s’y opposaient étaient battus, emprisonnés et tués sans autre forme de procès. Les richesses du continent, dont l’or et les œuvres d’art, étaient enlevées et dissimulées dans le pays du colon. La monnaie locale qui était le cauri dans le temps a été déclarée sans valeur par le colon. Par conséquent, tous les riches Africains de cette époque se sont retrouvés pauvres du jour au lendemain, car leur fortune est brusquement déclarée sans valeur. Aux Africains ont été imposés de nouvelles religions, une éducation basée sur l’histoire du colon, un système de travail contraire à leur habitude et à leur climat, un style de vie contraire à leur réalité, même de nouveaux ancêtres leur ont été imposés tant historiquement que religieusement. Les Gaulois sont « devenus » les ancêtres des Africains, au même titre que dans les églises, les fidèles devaient déclarer qu’ils étaient les descendants spirituels d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Après l’avoir déshumanisé, le colon a pris tout son temps pour reformater le cerveau de l’Africain. Ainsi, on a réussi à faire oublier aux Africains que sur ce continent noir, les pyramides ont été bâties, la théologie et la philosophie sont nées et enseignées, les mathématiques et la physique étaient enseignées et appliquées, la médecine pratiquée, l’écriture inventée et utilisée, et le calendrier que nous utilisons jusqu’à l’heure actuelle a été créé.

Le colon a réussi à faire croire à l’Africain que toutes ses choses ont été faites par d’autres peuples ou par des extra-terrestres lorsque la science contredit tous les mensonges racontés. Il est quand même bizarre que ces extra-terrestres ne soient plus réapparus depuis ces temps-là.

A la colonisation a succédé l’époque où nous vivons actuellement. Les Africains traumatisés par 400 ans d’esclavage et 130 ans d’annihilation colonialiste sont entrés sans aucune préparation dans une ère où l’économie a été taillée sur mesure pour que le plus fort domine toujours. Sans culture, sans religion et sans repère spirituel, l’Afrique est aujourd’hui vue comme l’enfant malade du monde. Mais il est trop facile de juger et de condamner les Africains pour l’état dans lequel se trouve le continent aujourd’hui. Pour juger, pour comprendre, il faut relire l’histoire de l’homme noir et refaire son parcours de façon initiatique… et alors seulement, on peut se donner le droit de juger.

Les Africains doivent se retourner vers cette histoire, l’étudier et la comprendre afin de redéfinir leurs propres règles de développement au lieu de tenter de s’adapter au système mondial actuel dont les dés sont pipés.

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Edmond NANOUKON
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2 réflexions au sujet de « Parce que l’homme noir revient de très loin »

  1. Bonjour mon cher Jean-Louis et merci pour ton commentaire.
    L’histoire nous permet de savoir d’où nous venons et qui nous sommes. Maintenant, la génération d’aujourd’hui doit travailler à laisser des empreintes aussi indélébiles que celles de nos aieux afin d’inspirer les générations futures.

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