Edmond NANOUKON

Renouvellement touts azimuts de la vieille classe politique mondiale

Du Bénin à la Gambie, des Etats-Unis à la France en passant par le Canada, la classe politique traditionnelle mondiale perd du terrain.

Les peuples du monde entier sont entrain de retirer leur confiance aux politiciens de carrière pour confier le pouvoir à des novices en politique, des jeunes ou des hommes d’affaires.

Le cas du Bénin de 1991 à 2016

Le peuple béninois en particulier n’a jamais élu un politicien ou un chef de parti politique à la Présidence du pays depuis l’avènement de la démocratie en 1991. Le premier Président de l’ère du renouveau, Nicéphore Soglo n’était pas un politicien et il a perdu le pouvoir dès qu’il s’est mis à faire le jeu de politiciens et en créant un parti politique. Son successeur, le Général Kérékou, ancien nouveau président s’était présenté en indépendant même si sa candidature était soutenue par un conglomérat de partis politiques. Boni Yayi en 2006 était élu en indépendant, sans parti politique. Patrice Talon également est arrivé au pouvoir sans étiquette politique. Ceci montre le niveau de défiance de la population béninoise envers les politiciens de carrière que le peuple considère comme une colonie de menteurs, voleurs des deniers publics et qui s’enrichissent sur le dos du peuple en s’attribuant des avantages énormes tandis que le reste du pays végète dans une misère abjecte.

La politique en effet semble être devenue le raccourci idéal pour certaines personnes qui ne réussissent ni dans la affaires, ni dans une carrière professionnelle.  Des individus n’ayant jamais rien réussi de leur vie, deviennent du jour au lendemain des privilégiés de la République avec voitures de fonction, Villas, chauffeurs et des avantages à faire pâlir d’envie le malheureux qui se bat au quotidien pour sa survie.

Dans le reste du monde

Tout dernièrement, en Gambie, c’est un homme d’affaires qui a pu faire tomber l’inamovible Yahya Djamé.

Aux Etats-Unis, la voie semblait toute tracée pour Hilary Clinton, la première femme candidate nominée par un grand parti américain, mais à l’arrivée, c’est le populiste Donald Trump qui lui a ravi le sésame de la maison Blanche. Les démocrates croyaient affaiblir Trump avec les affaires sur la Russie, mais ce sont toujours les Républicains qui ont gagnés les 4 élections partielles des députés qui ont eu lieu depuis l’élection de Trump.

Au Canada, le jeune Kevin Trudeau a ravi la vedette à toute la classe politique traditionnelle en devenant le premier Ministre de ce grand pays à un très jeune âge.

L’épiphénomène est devenu un raz-de-marée, voire même un tsunami en France avec l’arrivée fracassante au pouvoir d’Emmanuel Macron et la vague des députés en marche qui a obtenu la majorité absolue à l’Assemblé Nationale Française, balayant ainsi les politiciens de carrière comme des fétus de paille.

Les politiciens n’ont toujours pas compris que les peuples en ont assez d’eux

Le pire c’est que les politiciens ne semblent pas avoir compris que les peuples du monde entier en avaient marre de l’immobilisme, de l’affairisme au sommet des Etats ainsi que des promesses non tenues. Aucune aile politique, droite ou gauche n’arrivait à apporter un changement réel dans la vie des peuples. Les choses vont en s’empirant pour les populations. Le taux de chômage ne baisse pas et la vie devient de plus en plus dur chaque jour que Dieu fait.

La déception Barack Obama

La plus grande déception a été celle de Barack Obama, dont les américains et le monde attendaient vraiment beaucoup.  Les américains espéraient vraiment que Obama allait pouvoir apporter des changements à l’exercice du pouvoir d’Etat, se libérer des carcans institutionnels et permettre au peuple de voir des changements réels. Les américains s’attendaient à ce que les pratiques politiques changent, que l’establishment soit secoué et que le pouvoir soit vraiment rendu au peuple. Obama a même reçu un prix Nobel de la Paix par anticipation. Malheureusement, il n’a pas réussi à se libérer de l’establishment politique et ses deux mandats ont été rythmés par une lutte continue avec le congrès républicain.

L’élection surprise de Donald Trump est une fois encore le résultat de l’incapacité des politiciens traditionnels à répondre aux aspirations des peuples. La politique est devenue trop prévisible, stéréotypée avec des codes de conduite et des arcanes, des limites d’action et de trop nombreuses promesses non tenues devenues entre temps la norme.

Les politiciens de carrière, imbus de leur personnes et surs de savoir mieux que le peuple ce qu’il faut pour son bonheur n’ont pas pris toute la mesure de l’élection de Emmanuel Macron et le balayage de la gauche et de la droite à l’assemblée nationale française. Les diverses déclarations des politiciens après les élections sont toutes plus egocentriques les unes que les autres.

Les politiciens dans le déni

Après l’élection de Emmanuel Macron, certains politiciens avertissent le peuple de la gueule de bois qui les attend quand macron les aura déçus. Pensent-ils que c’était la jouissance avec eux ?

D’autres accusent les votants de de s’être trompé en voulant tout changer aussi brusquement. Une recomposition aurait dû se faire de façon consensuelle. Comment trouver un consensus avec un groupe de politiciens qui n’a pas trouvé les mots pour condamner François Fillon et l’exclure de leurs rangs après les scandales ayant entouré lui et son épouse durant la campagne ? comment trouver du consensus avec une clique qui n’a pas jugé utile de rappeler à marine le Pen qu’elle est une citoyenne comme les autres et qu’elle devait répondre à une convocation chez le juge comme tout justiciable ? les politiciens français se sont faits Hara-kiri avec toutes les affaires qu’ils ont trainées durant la campagne. On ne peut autant berner un peuple, vivre à ses dépens, sucer son sang et espérer en plus que ce peuple vous donne un blanc-seing pour continuer à le voler et le martyriser avec une fonction officielle.

François Fillon a jugé son élimination « Cruelle ». N’a-t-il pas été cruel lui, envers les français ?

Henri Guaino a certainement décroché la palme de l’arrogance politique en traitant de « A vomir » les électeurs de sa circonscription électorale qui l’ont purement et simplement renvoyé à ses chères études.

Puissent les politiciens comprendre que les temps ont changé et que les peuples veulent avoir des dirigeants à leur écoute et qui se penchent sur leurs problèmes.  S’ils n’arrivent pas à comprendre cela, s’ils n’arrivent pas à faire la politique autrement, les peuples susciteront encore d’autres Donald Trump, Trudeau, Macron, Talon, etc. Et pour ceux qui espèrent un retour en arrière, ils n’ont qu’à bien se tenir. Les populations du monde sont aujourd’hui en quête du bonheur par tous les moyens et un discours politique ordinaire ne peut plus les satisfaire.


L’urbanisation : le nouveau visage de Cotonou, la capitale du Bénin

Mon oncle, aujourd’hui âgé de 60 ans, a passé presque toute sa vie à Cotonou. Il y a étudié et y a travaillé pendant plus d’une trentaine d’année.  Un jour, le vieil homme s’est perdu dans les rues de la capitale béninoise. La faute à qui ? A l’urbanisation récente et spectaculaire de la ville. 

Pour ceux qui connaissent Cotonou, la capitale du Bénin, mon oncle a vécu longtemps à Sainte-Rita, puis Zogbo avant d’aller s’installer dans la commune voisine de Calavi, il y a de de cela une quinzaine d’années. Mon oncle connait donc Cotonou comme sa poche. Comment se fait-il donc qu’en ce début d’année 2017, mon oncle se trompe de route entre Calavi et Zogbo carrefour ? Pourquoi s’est-il retrouvé à Fifadji alors que sa destination finale était Zogbo,  qu’il a dépassé de plus de deux kilomètres ?

Mon oncle jouit pourtant de toutes ses facultés mentales et oculaires et il n’est pas non plus menacé par Alzheimer. La réponse est qu’Il s’est perdu par la faute de Talon et son bras armé Toboula. Hé oui, ces deux-là (Talon Président de la République du Bénin et Toboula Préfet du Département du Littoral ont décidé de rendre la ville de Cotonou propre et moderne, malgré l’opposition d’une partie des Cotonois. Connaissant mon oncle, sachant quel genre d’homme pragmatique il est, il n’en voudra pas à Toboula et son équipe. Mon oncle est prompt à protester et condamner, mais c’est également un homme sincère qui sait apprécier les bonnes choses., et je suis convaincu qu’il doit être heureux de s’être perdu à Cotonou en ce début d’années.

Cotonou était devenu un dépotoir d’ordures à ciel ouvert

Tous ceux qui aspiraient au développement et à la modernisation se désespéraient de l’état d’insalubrité avancé de la ville capitale du Bénin. Cotonou était devenu un dépotoir d’ordures à ciel ouvert dont les trottoirs étaient le royaume des marchands de tout bord et surtout de l’essence frelatée importée du Nigeria voisin. Les piétons étaient obligés de marcher sur les voies réservées aux véhicules, d’où des accidents répétés de la circulation graves. Et pourtant on aurait pu épargner ces vies humaines en respectant tout simplement la chose publique au détriment de l’anarchie.

Les devantures des maisons étaient enlaidies par toutes les baraques anarchiquement construites sur le domaine public. Les Cotonois prenaient plaisir à construire des boutiques plusieurs mètres au-delà des limites de leurs maisons.  Les terres plein au milieu des boulevards, les esplanades pour les piétons étaient pris d’assaut par des commerçants de tous genres avec des installations aussi archaïques les unes que les autres.  Des tentes, des baraques de tôles, des hangars, des abris de fortune construites à la hâte avec de vieilles tôles rouillées ou des toiles cirées noires. D’autres terre-pleins servent de showrooms aux vendeurs de voiture de seconde main. Les piétons n’ont plus d’espace pour circuler et même les arbustes plantés au milieu ou au bord des voies pour embellir la ville sont systématiquement massacrés pour faire place nette aux activités commerciales.

L’anarchie urbaine faisait les affaires de la mairie

Aucun acte n’était assez horrible, pour défigurer le visage de cette ville qu’on veut quand même appeler capitale. Cotonou était tout simplement devenue une bourgade et le pire c’est que aucun quartier n’était épargné. Même les quartiers dits huppés de Cotonou avaient leurs lots de hangars en plus des nids de poules qui se transforment en lac dès les premières pluies. Ah non, Cotonou ne faisait pas du tout rêver.  Néanmoins, cette anarchie urbaine faisait les affaires de la mairie qui facturaient les propriétaires de maison et de boutiques selon la surface du domaine public occupé, tout ceci au détriment de l’esthétique et de l’architecture d’une cité censée être la vitrine du pays, mais qui s’enlaidissait au jour le jour. Peut-être est-ce vraiment la vraie face intérieure de la population de cette ville.

Un petit voyage à Abidjan ou Lomé et la comparaison était vite faite et ce n’était jamais à l’avantage de Cotonou.  La capitale du Bénin se retrouvait à des années lumières de Lomé et d’Abidjan en terme de modernisation, de propreté et de respect du domaine et de la chose publique.

Une circulation qui fait froid dans le dos

En ce qui concerne la circulation, il n’y a pas photo non plus comme on dit. Autant les béninois conduisent leurs voitures et motos dans une anarchie totale, sans aucun de la route, autant les Togolais et les Ghanéens respectent scrupuleusement le code de la route. Un respect des règles qui n’a rien à envier aux pays développés.  Le plus préoccupant est qu’une bonne partie des Cotonnais aiment cette anarchie urbaine, car elle fait leurs affaires. La plupart des Béninois vivant dans des maisons bordant une grande voie se sont découverts des dons de commerçants et les trottoirs en face des maisons sont les boutiques toutes désignées.

Les propriétaires de voitures au Bénin ne peuvent compter le nombre de fois où une vendeuse de riz ou de « Tchapalo » au bord de la voie publique leur a interdit de garer leur voiture sur le trottoir en face d’elle. Elles expriment le refus avec autorité de garer et malheur au chauffeur qui se hasarde à leur tenir tête. Il est traité de tous les noms d’oiseaux et voué aux gémonies. Elles ne manquent pas entre deux insultes grossières de lui rappeler qu’elles paient des taxes à la Mairie.

Mettre fin au champs de bataille par la modernisation

Les Béninois aimant vraiment leur pays rêvaient vraiment du jour béni où toute cette anarchie prendrait fin, car Cotonou n’était plus une ville, mais presqu’un champ de bataille où le plus fort se taillait la part du lion et faisait la loi. Dieu Merci Talon et Toboula ont décidé de donner un nouveau visage à cette ville en nous faisant prendre conscience de ce que représente une cité.  Des anti-progressistes vont sûrement criés sur tous les toits, maudit les autorités avec des paroles plus grossières les unes que les autres, mais on devrait tout simplement recommander à ces mécontents de se retirer dans les villages en attendant que la modernité vienne les refouler plus loin dans la brousse s’ils ne veulent toujours pas comprendre.

Je suis tellement heureux que mon oncle se soit égaré dans la ville où il a vécu près d’une quarantaine d’années et je suis convaincu que quelque part, en y repensant, lui-même doit avoir un sourire de satisfaction au coin de la bouche.


Brexit ? et après ?

Impossible d’échapper à cette actualité qui fait la une des journaux et chuter les marchés financiers, le Royaume -unis est sorti de l’Union Européenne. Ma question est : « et après ?»

Quelles conséquences cet évènement aura sur la vie de nous autres africains ? plusieurs amis m’ont demandé depuis hier ce que je pensais de ce « triste évènement », et je leur ai répondu que cela ne me faisait ni chaud, ni froid. Pourquoi les africains s’en émeuvent –ils donc ?

Il est vrai que nous sommes dans un monde globalisé, un village planétaire ou le battement d’aile d’un papillon dans une forêt brésilienne peut créer des typhons en Asie a des milliers de kilomètres. Néanmoins en ce qui concerne le Brexit, je me dis que cela devait arriver, et j’espère que tous les autres pays sortiront aussi de cette Europe des Nations, et que l’Union Africaine, le CEDEAO, etc. seront dissoutes aussi un jour.

Les peuples européens ont presque toujours voté contre les lois européennes dès que l’occasion leur en était donné. Nous avions eu l‘exemple avec le NON de la France et des Pays-Bas dans un passé récent.  Mais au lieu de comprendre les aspirations profondes des peuples, les politiciens ont préféré faire la sourde oreille et passer par les parlements pour faire passer des lois que les peuples ne voulaient pas. L’élite politique européenne traite ainsi les peuples européens comme des inconscients ou des incultes qui ne savent pas ce qui est bien pour eux.

La même élite oublie peut-être qu’elle est la première ennemie de l’UE car pour remporter les élections, à certains moments, les politiciens n’hésitent pas à mettre sur le dos des fonctionnaires de l’UE toute la somme des difficultés économiques et sociales de leurs pays respectifs. David Cameron qui veut aujourd’hui démissionner et qui a pourtant pris l’initiative du referendum et a fait campagne pour le OUI a longtemps tapé sur l’UE, critiqué son fonctionnement, son coût pour le budget de la Grande-Bretagne, sa lourdeur administrative, son immixtion dans les affaires intérieures des pays, et aujourd’hui il se dit déçu du résultat ? ah non, il ne devrait pas. David Cameron a semé le vent et il récolte la tempête.

Je partage néanmoins les critiques de David Cameron par rapport au fonctionnement de l’UE. C’est un fonctionnement lourd, peu efficace et budgétivore, où les heureux élus fonctionnaires, Députés et Commissaires de l’UE vivent sur une autre planète. Les salaires sont exorbitants et décalés de la réalité que vivent les peuples Européens. Il en est de même de toutes les autres Institutions internationales à savoir : Union Africaine, CEDEAO (Afrique de l’Ouest), UDEAC (Afrique Centrale), ONU et autres. Toutes ses institutions disposent de gros budgets, les fonctionnaires sont surpayés, mais quel impact réel sur la vie des populations ? quel béninois lambda peut-il dire aujourd’hui dire l’impact de la CEDEAO sur sa vie de tous les jours ? sait-il seulement ce que c’est que ce truc appelé CEDEAO ? les européens au moins savent ce qu’est l’UE, même si les politiciens leur vendent si mal au cours des campagnes.

Les institutions citées plus haut devraient tirer leçon du Brexit et profondément repenser leur fonctionnement. Un tel fonctionnement décalé du quotidien des peuples ne peut que révolter ces derniers contre les institutions en question. Je reste convaincu que si le même vote était organisé dans les autres pays européens aujourd’hui, demain il n’y aura plus d’UE ? mais qui s’en plaindra ? juste les politiciens car l’UE est plus leur chose que celle des peuples. UE, CEDEAO, ONU, UDEAC, UA, etc. doivent alléger leur fonctionnement, réduire les budgets de salaire, réduire les directions et les démembrements, réduire tous les projets budgétivores et inefficaces, être souples, aller rapidement à l’essentiel par des accords négociés dans des cadres diplomatiques et mieux écouter les peuples qui aujourd’hui ne se retrouvent aucunement dans ces gros « machins ».

J’attends maintenant de voir quel sera le futur thème de campagne des partis d’extrême droite et autres xénophobes anglais. L’UE et l’immigration ont longtemps été leur thème de campagne favori, maintenant qu’ils sont satisfaits sur ce point, ils risquent de peiner à trouver d’autres thèmes de campagne.  Ce genre de formation politique ne surfent que sur la haine de l’étranger et les projets de société irréalisable et utopiques.


Benin Rupture : charité bien ordonnée commence par soi-même

06 Avril 2016 : A cette date, Patrice Talon prendra officiellement les rênes du Bénin.  Le maître mot de sa campagne est la « Rupture »et les béninois y ont adhéré à plus de 65%.
Les béninois dans leur grande majorité souhaitent donc rompre avec un système décadent qui a failli et a déçu leurs espoirs. Certes Yayi partira, et Talon mettra lancera la rupture « party ». Néanmoins  pour qu’elle réussisse, la rupture doit avoir lieu au niveau de chaque béninoise et béninois .
Je suis convaincu d’une chose, le peuple a les dirigeants qu’il mérite.

En effet, sans une rupture au personnelle, il n’y aura pas de rupture au niveau national. Le leader peut imprimer le mouvement, mais il appartiendra au peuple de suivre le suivre. Le Général Kérékou a dit en son temps « si vous êtes prêts, je suis prêt ». Je ne sais pas si vous étiez prêt en ce moment !

En 2006, Je me souviens avec quel engouement les béninois avaient adhéré au concept du changement, tellement ils avaient soif d’un style nouveau de gouvernance. Je connais personnellement l’histoire d’un expert en trafic frontalier entre le Bénin et le Nigeria qui avait décidé d’arrêter ses activités illicites et de formaliser ses affaires afin des respecter l’esprit du changement. L’engouement était total, et malheureusement, la déception a été plus profonde que les espoirs suscités.

Je souhaite donc vivement faire encore appel au génie du peuple béninois, pour faire de cette rupture une expérience personnelle. En même temps que Talon installera la rupture au sommet de l’Etat, installons donc individuellement la rupture dans notre quotidien.
Avec quoi devons-nous donc rompre ?

  • La paresse
    la richesse d’une nation est la somme de la richesse de sa population. Travaillons donc avec abnégation pour notre bonheur personnel et pour celui de la nation par ricochets. Sachons que nous sommes tous les maillons d’une chaine et qu’un maillon faible ralenti toute le processus. Un travail bien fait est toujours récompensé. Certains pays sont plus développés que nous, juste parce que les hommes et femmes jouent parfaitement leur partition à leur poste de responsabilité. Ils sont payés à l’heure de travail accompli et tenus responsables pour tout manquement. L’excellence et l’expertise sont le fruit d’un travail acharné et assidu. Toutes les stars de cinéma, musique, sport, et que nous admirons sont de grands travailleurs.
  • Le désordre
    Voiture officielle à toute vitesse avec gyrophare hurlante, même dans les brousses les plus reculées du pays, j’en ai tellement vu que j’en ai eu la nausée. En ville n’en parlons plus, aux heures de pointe, les voitures officielles foncent dans le tas toute sirène hurlante ou prennent tout simplement par les sens interdits. Le code de la route a été bafoué tout le temps qu’a duré le changement. Il y avait le bas peuple et les officiels aux plaques bleues, rouges et gyrophares.
    Dégageons également les trottoirs de nos grandes villes afin de faciliter le déplacement des piétons. Les trottoirs ne sont pas des emplacements de boutiques.  Allons voir juste à côté comment Lomé fait peau neuve.
    Arrêtons de nous comporter comme des sauvages :
  • En jetant des ordures non biodégradables dans les caniveaux,
  • En vidant les puisards de douche dans la rue nuitamment,
  • En violant systématiquement les feux de signalisation,
  • En gaspillant le temps de travail à l’Eglise, à agacer les oreilles du Bon Dieu avec nos prières alors qu’il nous a déjà tout donné et que nous n’avons qu’à tendre la main pour nous en saisir
  • En prenant soin de notre environnement telles que les plages transformées en dépotoirs d’ordure et WC puant à ciel ouvert, sans oublier le lac Nokoué qui vu du ciel ressemble plus à une étendue d’eau saumâtre et pestilentielle qu’au lac abritant l’attraction touristique appelée « la Venise de l’Afrique »
  • En arrêtant les grèves sauvages qui pénalisent l’avenir de la génération future
  • En nous serrant à 8 ou 10 dans des voitures construites pour 5 personnes et communément appelées « 5 places ».
  • En mettant notre santé en danger par la restauration à ciel ouvert, le long des routes enfumées ou proches des dépotoirs à ciel ouvert dans des casseroles non couvertes
  • La sécurité
    Que de camions surchargés dégageant des fumées opaques et toxiques sur nos routes ! que de taxis surchargés de passagers, que de moto surchargées,  que de violations du code de la route, et tout ceci au nez et à la barbes des forces de sécurité, jusqu’à ce qu’un bonjour, tous les fils du destin soient réunis et qu’un camion surchargé se renverse sur deux à trois voitures surchargés en plein marché de Dantokpa.
    Les feux de signalisation sont violés au quotidien si par chance ils fonctionnent. J’ai failli avoir un accident au niveau du carrefour de la Soneb dont le feu est en panne depuis plusieurs mois. Plusieurs grands carrefours du pays connaissent le même sort et personne ne semble s’en émouvoir.
    Je supplierai également nos honorables et respectables forces de sécurité de moins créer d’embouteillage par les contrôles intempestifs des voitures. Même au pas de l’oncle Sam, pays de sécurité par excellence, cela ne se passe pas ainsi. Il y a mieux à faire.
  • La courtoisie
    Que d’insultes dans la circulation ! j’ai surpris plusieurs fois dans la circulation de Cotonou des pères de familles, à moto ou en voiture, s’insulter férocement avec tous les noms d’oiseaux dont le répertoire béninois est garni. Le pire c’est qu’ils ont souvent leurs enfants sur la moto ou dans la voiture. Quelle éducation donnons-nous donc à nos enfants ? Une dame, chef service dans une administration publique n’a pas hésité un jour à répondre à celui qui venait réclamer le règlement de son chèque un lundi à 9h qu’elle ne tolère pas qu’on vienne la déranger en lui réclamant des dettes un lundi matin. C’est à mourir de rire mais triste.
    Dans les banques, les clients sont traités comme des enfants par les caissiers et caissières et gare à vous si vous bronchez, l’agent de sécurité viendra vous rudoyer et vous remettre à votre place. Gardez surtout votre calme lorsque le Monsieur habillé en costume trois pièces ou Agbada à la Obasandjo grille toute la file pour se faire servir avec le sourire au guichet. Sous d’autre cieux, même au Ghana tout près, il aurait été rappelé à l’ordre automatiquement par ceux qui étaient dans la file avant lui
  • Système de santé
    ceci se passe de commentaire. Barack Obama, Francois Hollande, David Cameron et autres puissants de ce monde se soignent dans les hôpitaux de leurs pays. Au Bénin, nous nous battons pour avoir le privilège d’être évacué sur l’Afrique du Sud ou la France. Si une loi pouvait obliger nos dirigeants politiques de premier plan à se soigner dans les hôpitaux du pays, je suis sûr que nos hôpitaux n’auront plus rien à envier à ceux des pays développés.
  • Système scolaire
    Rompons avec les grèves interminables, les amphi sans chaises ni bancs, les taux de réussite calamiteuses aux sessions à Abomey-Calavi, les situations incompréhensibles des enseignants contractuels et communautaires; etc
  • Religion
    Peuple croyant et dévot , la première des prières et la plus efficace, celle que Dieu entend et exauce  immanquablement, c’est le travail bien, avec application et amour. Faites cette prière au moins 8 heures par jour et vous verrez les changements dans votre vie.

Il y a tellement de chaines à rompre mais je préfère m’en arrêter ici en espérant que l’investiture de Talon constituera un nouveau départ, tant pour le pays dans sa globalité que pour chaque béninois pris dans son individualité. Je me rappelle encore cette célèbre citation de Kennedy : « Ne demandez pas ce que l’Amérique a fait pour vous, mais demandez-vous ce que vous avez fait à l’Amérique ».

Ramenons la balle plus près en nous demandant ce que nous avons fait pour notre famille, nos enfants, nos proches. La rupture doit commencer à la maison.

Heureusement, nous disposons des prémices sur lesquelles continuer à bâtir. J’ai eu à rencontrer et je rencontre encore chaque jour des banquiers tout à fait charmants et courtois, des Professeurs et enseignants motivés, des médecins, policiers et infirmiers consciencieux et de nombreux jeunes entrepreneurs qui ne demandent qu’à travailler pour créer la richesse.

 

BENIN LA JOIE

Rue de cotonou en saison pluvieuse

Les belles routes

Voiture Surchargée


Sacre peuple béninois !

Une fois encore les béninois ont bluffe le monde entier, moi-même fils de ce pays en premier. Je n’y croyais pas, vraiment. C’est sur que je réfléchissais trop et regardais trop dans le rétroviseur afin de prévoir de quoi sera fait demain. Le Président sortant, Boni Yayi s’était révélé au fil des années comme un très redoutable animal politique, “détruisant et déchiquetant” tout ce qui s’opposait a lui, hommes comme Institutions de la République. Le summum de sa maitrise politique a été le KO électoral au premier tour des élections présidentielles de Mars 2011 qui avait laissé tous ses opposants et le people groggy. Personne ne pensait qu’il allait oser aller si loin. Mais il l’avait fait et c’était passe comme une lettre à la poste. Mais c’était compté sans le people béninois qui s’était promis de prendre sa revanche, patiemment et tranquillement. Le people savait que 05 ans passaient très vite, il n’y avait aucune raison de se précipiter, de faire du forcing ou faire couler du sang. Le peuple béninois a horreur de la violence et a fait preuve d’une patience et d’une sagesse divine. « Six jours pour le voleur, un jour pour le propriétaire » dit-on dans mon dialecte.

Entre temps Yayi a tenté de faire modifier la constitution pour s’offrir un 3em et surement après un énième mandat, mais rien n’y fit, il trouva sur sa route les Députés, la société civile et l’opinion publique fermement décidés a lui barrer la voie. La phrase qui résumait la méfiance pour ne pas dire la défiance envers le pouvoir en ce moment était : “ Révision constitutionnelle oui, mais pas au temps de Yayi, il ne rassure pas”.

Bon gré mal gré, le Gouvernement a fini par organiser les élections. Il faut avouer que les préparatifs à la CENA et la CNT, vue de l’extérieur étaient plutôt calamiteux. Le CNT, Centre National de Traitement n’avait pas excelle depuis plusieurs années dans les préparatifs des cartes d’électeurs. Les Elections législatives qui avaient eu lieu 01 an plus tôt se sont déroulées dans une ambiance plutôt bizarre, un cafouillage indescriptible au niveau de la distribution des cartes d’électeurs et de la proclamation des résultats. Avec les nouvelles technologies de l’information, la Société Civile et toute structure bien organisée comme les Etats-majors de certains partis politiques avaient compiles les résultats quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote. Les grandes tendances étaient déjà connues du people connecte. Néanmoins, plus de 7 jours après les élections législatives, la CENA se fendait d’un communique selon lequel les réseaux sociaux publieraient des résultats pouvant troubler la paix et créer des tensions dans le pays et qu’elle était la seule institution habilitée à donner des grandes tendances. En ce moment j’étais tombé des nues et me demandait si cette institution était sérieuse. La CENA pouvait être en retard sur l’évolution technologique de son époque, c’était un fait, mais vouloir imposer ses “tares” à tout un peuple largement au pas avec la modernité, là il fallait oser, et comme le Benin est le pays de tous les extrêmes, la CENA a publié un tel Communiqué, en attendant que les antiques “cantines” qui servaient à transporter les bulletins de votes vers la CENA soient toutes acheminées vers le siège de l’auguste institution à Cotonou.

Tout ceci n’augurait de rien de rassurant pour les élections présidentielles à venir en 2016. Yayi entre temps, vaincu et convaincu qu’il ne pourrait jamais réviser la constitution a tenté par un autre coup de force dont il a le secret d’imposer son jeune Ministre des finances Komi Koutche comme Président de l’Assemblée Nationale. Le jeune échoua au pied du perchoir a une voix près : 41 voix contre 42 pour le nouvel ancien Président du Parlement, le Sphinx Adrien Houngbedji. C’était la première victoire du peuple et un désavoue populaire des manœuvres du Président yayi pour garder le pouvoir dans son cercle de proches dont le Slogan était désormais “Apres nous, C’est nous”. Une vraie liesse populaire avait salué cette élection à Porto-Novo, la Capitale du pays et fief électoral du nouveau Président de l’Assemblée Nationale. Les rumeurs faisaient état de ce que yayi tenterait par ce biais de céder le pouvoir au jeune Ministre avant le terme de son mandate présidentiel en prétextant une maladie ou une indisponibilité handicapante a achever son mandate. Selon la Constitution Béninoise, c’est le Président de l’Assemblée Nationale qui succède au président de la République en cas de décès, démission ou incapacité à exercer le pouvoir d’état durant son mandat.

La marche vers l’organisation des élections présidentielles s’annonçait donc périlleuse, sur un chemin dangereux, truffé de mines et de pièges en tout genre, tant les intérêts en jeu dans ce petit pays, 23em plus pauvre pays au monde semblent colossaux pour les acteurs habitues à prendre leur aise dans ce marigot de bout de terre ou la majorité de la population vit dans la souffrance et la misère.

Tous les ingrédients étaient réunis pour que tout aille de travers. Néanmoins les béninois, peuple croyant et superstitieux se sont mobilisés avec l’énergie de l’espoir et la foi du héros pour réclamer, puis aller chercher leurs cartes d’électeur. Des rumeurs persistantes évoquaient un KO electoral dès le premier tour au profit du candidat Lionel Zinsou, dauphin auto-imposé du Président Yayi et porte flambeau d’une coalition contre nature FCBE-RB-PRD censée rafler 75% des suffrages dès le premier tour des élections présidentielles. En effet, selon les calculs mathématiques inexacts des politiciens, Les FCBE, la coalition de partis qui soutient le Chef de l’Etat Boni Yayi, la RB parti de l’ancien Président Nicéphore Soglo et de l’actuel Maire de Cotonou Lehadi Soglo et le PRD parti de Maitre Adrien Houngbedji Président de l’Assemblée nationale, maitrisent respectivement 40%, 15% et 20% de l’électorat béninois. D’où leurs prévisions du KO électoral dès le premier tour des élections .

Le Président Boni Yayi s’est jeté comme un enragé dans la campagne pour soutenir son champion, le Premier Ministre Lionel Zinsou. Il a mouillé le maillot comme on dit en sport, il a insulté, menacé, inauguré mille projets de développement, posé dix mille premières pierres, parcouru le pays de long en large afin de contrecarrer les velléités présidentielles de son ennemi juré Patrice talon. Ce dernier, puissant homme d’affaires qui a été pendant longtemps le bras financier de Yayi était entre temps tombé en disgrâce auprès du prince de Tchaourou qui l’avait accusé de tentative d’empoisonnement contre sa personne. J’avais consacré un billet à ce évènement socio-politique en son temps. Après plusieurs procédures judiciaires et des rebondissements qui ont tenu en haleine les “laborieuses masses de nos villes et campagnes” pendant plusieurs mois, le Président avait fini par accorder son pardon présidentiel à l’homme d’affaires Patrice Talon, mais les deux n’ont jamais réussi a fumer le calumet de la paix.

Patrice Talon, homme discret, inconnu sur Google en juin 2013 est devenu Candidat à la Présidence de la République Béninoise ainsi que 32 autres prétendants, une liste pléthorique mais une spécificité béninoise.  Au jour J le peuple a su dire son droit. En effet au sortie du premier tour, trois candidats ont raflé 75% des suffrages des électeurs. Dans l’ordre Lionel Zinsou, Patrice talon et l’autre homme d’affaires Sebastien Germain Adjavon. Les partis politiques traditionnels comme le PRD et la RB ont tout simplement été laminés dans leur fiefs électoraux. Pourtant, selon les termes consacrés, ils avaient affirmé dans leurs déclarations de soutien à Lionel Zinsou que leur décision avait été prise après une large consultation de leurs militants à la base…. Et d’autres arguties du jargon politiques que je préfère ne pas évoquer.

Ayant sans doute compris son retard technologique sur le peuple lors des élections législatives, la CENA a publié les grandes tendances quarante-huit heures à peine après la fermeture des bureaux de votes. C’était une première à saluer car même si elle était en retard sur la population de près de 36 heures, l’Auguste institution, organisatrice des élections a su s’affranchir des pressions du Gouvernement pour publier les grandes tendances qui allaient dans le sens des compilations réalisées par les états-majors des partis et des institutions de sondages spécialisées. Les résultats photographiés de plusieurs bureaux de vote circulaient d’ailleurs sur les réseaux sociaux. Après cette grande première et la confirmation de la cours constitutionnelle quelques jours plus tard, les deux qualifiés sont repartis sur le terrain. Patrice Talon avait réussi l’exploit de rassembler autour de sa personne la majorité des perdants du premier tour dont surtout les 3em, 4em et 5em en termes de suffrages obtenus.

A l’issu des votes du second tour, la population savait la nuit même que le candidat Patrice Talon avait rafle la mise en écrasant son rival Lionel Zinsou avec plus de 65% des suffrages. Un vrai plébiscite. La CENA a confirmé les grandes tendances sorties des urnes au plus 24h après la fermeture des bureaux de vote. Et fait rarissime en Afrique, le candidat malheureux Lionel Zinsou a appelé moins de 24 heures après le Président élu pour lui présenter ses vives félicitations. Ce geste historique a permis de désamorcer toute velléité contestataire du camp présidentiel. Cet acte ayant l’élégance des grandes démocraties a apaisé les populations, rassuré les observateurs et confirmer que les populations de ce pauvre et petit pays dans la géopolitique et la géographie mondiale, avait du bon sens et beaucoup de choses à apporter à l’Afrique.

La paix a prévalu. Un changement de régime s’est déroulé sans heurts, sans écoulement de sang, sans coup de feu. Même lorsque les cortèges de deux candidats se rencontraient dans les rues de Cotonou, c’était la fête, embrassades et street dance. Le peuple a fait son choix. Le Président Yayi qui a joué avec le feu lors de cette campagne a été le vrai Directeur de campagne de Talon comme il l’avait été pour Candide Azannai lors des Elections législatives. Si vous souhaitez gagner une élection au Benin, arrangez-vous pour devenir l’ennemi de premier plan de yayi. Vous serez élu à coup sûr.

Une autre grande leçon tirée de ces élections présidentielles est que le Benin est en voie de devenir une nation. En effet , jusque dans un passé récent, les électeurs de la partie septentrionale du pays étaient réputés pour ne voter que pour les ressortissants de leur teroir. Mais tout a été différent lors de ces élections. Les trois candidats arrivés en tête au premier tours étaient tous du sud et malgré les appels de pied de Yayi, les électeurs du nord, à l’occasion du second tour ont dans leur grande majorité voté pour le candidat de la rupture en la personne de Patrice Talon. En cette veille de pâques, l’on peut déclarer qu’une nation nous est née, on l’appellera République du Benin. Merci à Boni Yayi de nous avoir unis en cherchant à nous diviser.

Pour moi l’homme de l’année 2016, c’est le peuple béninois et ce peuple mérite le prix Nobel de la paix 2016 dont j’invite instamment les acteurs de la société civile à porter et défendre la candidature à OSLO dans les semaines qui viennent.

En cette période de Pâques une nation nous est née, on l’appelle le Bénin. En cherchant à nous diviser le Yayi nous a uni car du nord u sud l’aspiration au vrai changement était unanime et irréversible.


Victoire au premier tour : la nouvelle norme en Afrique ?

En Afrique subsaharienne surtout, dans nos nouvelles démocraties plus ou moins effectives, il existe deux modes de scrutins pour l’élection présidentielle :

    • Le modèle américain : c’est l’élection à un tour unique où le candidat ayant recueilli le maximum de voix est déclaré gagnant dès le premier tour de vote

  • Le modèle français : c’est l’élection à deux tours. Les deux candidats ayant reçu le maximum de voix au premier tour se retrouvent pour un second tour de vote. A l’issue de cette consultation celui qui qui obtient e maximum de voix est déclaré élu président de la République.

Certains pays tels que le Cameroun et le Togo ont adopté tout simplement le modèle américain. Avec ce modèle, l’élection coûte moins cher et de plus, le clientélisme politique est annihilé. Dans ce cadre, les mouvements d’opposants mécontents et éternels contestataires d’élections truquées sont plus facilement contrôlables.

Le second modèle, celui à deux tours est le plus répandu et à toujours donné lieu à des élections à suspense. En Guinée, on se souvient encore comme si c’était hier du délai de près de 4 mois qui s’est écoulé entre le premier tour et le second tour des premières élections présidentielles libres et démocratiques de l’après-Dadis Camara.

En France, le pays modèle, les positions des uns et des autres sont connues bien avant le premier tour. Dans les pays africains à deux tours, la période entre les deux tours donne lieu à d’âpres négociations entre les acteurs politiques. En effet en Afrique, la politique ne s’étale pas de de gauche à droite comme en Occident. Chez nous, c’est mouvance présidentielle et opposants qu’on appellera surtout camp des mécontents. Le positionnement dans la mouvance ou dans le camp des mécontents dépend des intérêts alimentaires immédiats. Les alliances contre nature sont légion et les revirements de dernières minutes spectaculaires.

Les candidats arrivés au second tour doivent donc mener des négociations très âpres et très tendues, promettre des postes ministériels, d’ambassadeur, de directeurs de société d’Etat, de représentation dans les organismes internationaux, de directeurs de cabinet… Tous les pans de l’économie nationale sont passés en revue et repartis entre amis comme la robe du Christ. Les candidats présidentiables arrivés en troisième, quatrième et cinquième, position, communément appelés « Faiseurs de Roi » sont courtisés par les camps du premier et second. Ils prennent le temps d’analyser les propositions des uns et des autres « dans l’intérêt supérieur de la nation », thème consacré pour parler de leurs « intérêts pécuniaires ».

Ces négociations sont donc souvent très très dures et les trahisons de dernières minutes sont monnaie courante, et la base ne suit pas toujours son leader non plus. Les reports de voix ne sont mathématiquement pas systématiques.

Puis l’éclair de génie vint du Bénin, comme d’habitude

En avril 2011, les politiciens béninois de tout bord se sont réveillé KO, groggy, secoués par un séisme qu’aucun instrument national de mesure n’avait anticipé. A l’issue du premier tour de la présidentielle, Boni Yayi, le président sortant était proclamé vainqueur dès le premier tour avec un score de plus de 53 %. C’était inimaginable dans ce pays aux multiples ethnies et groupes socioculturels où chaque région a son homme fort, son fils du terroir. La situation politique était très tendue en cette période et pour une fois, l’opposition (les mécontents) avait réussi après des mois de dures négociations à positionner un candidat unique en la personne de Maître Adrien Houngbedji. Plusieurs autres petits candidats étaient dans les starting-blocks et selon toute vraisemblance, on attendait Boni Yayi et Houngbedji au second tour. C’était sans compter avec la dextérité politique, l’intelligence de cet OVNI politique que les Béninois ont porté au pouvoir dans la liesse populaire au nom du changement en avril 2006.

En avril 2011 le contexte économique et politique était bien différent. L’économie était morose, les Béninois avaient déchanté du changement devenu refondation, les scandales politico-financiers se chiffraient en milliards de francs, la lutte contre la corruption était demeurée un vœu pieu, le panier de la ménagère n’avait jamais semblé aussi petit et léger. Un désamour palpable surtout dans les grandes villes de Cotonou et Parakou était installé entre l’ancien champion de 2006 et les populations. L’issue de ces élections de 2011 était plus qu’incertaine. Même avec la certitude d’atteindre le second tour, rien ne garantissait au locataire du palais de la Marina qu’il pouvait retrouver son fauteuil. De gros nuages sombres, lourds et menaçants s’amoncelaient dans le ciel sociopolitique béninois. Les négociations pour les ralliements au second tour promettaient d’être très très dures.

En avril 2006, le peuple béninois a voté dans des conditions tellement chaotiques que le chef de l’Etat lui-même avait jugé nécessaire de s’excuser publiquement le jour des votes du premier tour. Mais le meilleur restait à venir. Après de longs jours interminables d’attente et d’anxiété, les Béninois ont été surpris d’entendre le CENA, l’institution chargée d’organiser les élections proclamer la victoire du président sortant Boni Yayi dès le premier tour avec plus 53 % des suffrages exprimés.

Ce résultat était inimaginable pour le commun des mortels béninois. Un coup de tonnerre pour les uns, mais un coup de maître pour le « Maître du palais de la Marina ». On s’attendait à tout, mais pas à un tel scénario. Les quelques tentatives de contestation dans la rue ont vite été étouffées par les forces de police massivement déployées dans les rues. Et les chars de l’armée faisant des rondes dissuasives toutes les nuits dans les rues de Cotonou qu’on aurait cru en guerre. Le peuple béninois, philosophe et épris de paix a avalé la pilule, les politiciens de l’opposition sont restés groggy et la vie a repris son cours normal. Que ces résultats soient réels ou pas, ils ont réussi néanmoins à régler plusieurs problèmes à savoir :

  • Plus de vote pour le second tour, donc économie pour le budget national
  • Plus de négociations compliquées avec les faiseurs de roi
  • Plus de longues contestations des élections par un camp ou un autre
  • Les états-majors, non préparés à un tel dénouement, n’ont fait qu’improviser des actions de protestation qui mal coordonnées ont fait pschitt.
  • La communauté internationale, prise de court dans cette pagaille générale qu’a été la présidentielle de 2011 au Bénin a pris acte de cette nouvelle donne et formulé des vœux pieux pou le futur.
  • Aucune alliance n’ayant été nécessaire. Le président avait les coudées franches pour former son gouvernement, nommer ses collaborateurs, gérer la chose publique comme bon lui semblait.
  • La démocratie béninoise s’en est sortie pas renforcée, mais survivante.

Le Bénin venait d’inaugurer une nouvelle ère dans l’organisation en Afrique des élections à deux tours. Ainsi, en Guinée-Conakry, Alpha Condé qui n’a jamais caché son admiration pour le style politique du Béninois Boni Yayi, a réussi dans son pays à se faire réélire dès le premier tour. Delein Diallo, Sidya Touré et consorts en ont pris pour leur grade. Hier, c’est la Côte d’Ivoire qui prenait le train en marche, Alassane Ouattara a frôlé la perfection en se faisant réélire dès le premier tour avec plus de 80 % des suffrages exprimés.

On se souvient qu’au Bénin, le camp du parti au pouvoir déclarait qu’il fallait être Nicéphore Soglo pour être au pouvoir, organiser des élections et les perdre. C’est oublier que Nicolas Sarkozy, Georges Bush père et d’autres avant eux ont connu de telles déconvenues sous d’autres cieux. Mais chez nous en Afrique, c’est inacceptable. Quand on est au pouvoir, on ne perd pas les élections et la mode actuellement en cours sur le continent est de gagner avec la manière dès le premier tour.

François Hollande qui est si malmené par les sondages doit y penser par deux fois et venir à l’école de ses chers « Frères » africains qui n’en doutons pas savent y faire en matière de victoires électorales.


Modifications des constitutions en Afrique : quelles solutions !

En République du Bénin, vers la fin du mandat de chaque Président de la République, le psycho drame de la modification constitutionnelle s’installe. Nous avions déjà vécu cela en 2006 vers la fin du second mandat de Kérékou II. Les thuriféraires du régime avaient fait feu de tout bois pour apporter des modifications à la constitution afin de maintenir leur champion au pouvoir. Non parce que Kérékou était le meilleur des présidents, mais parce qu’il était la seule caution pour permettre à une certaine classe de continuer à bénéficier en tout impunité des privilèges du pouvoir. Néamoins, le branle-bas de combat des ONG et autres organisations de la Société civile avait permis de mettre fin à ce projet funeste pour la démocratie en son temps.
Nous sommes actuellement en 2014, le pays tend encore vers la fin du second mandat du Président Boni Yayi et nous revivons le même psycho drame. Les marches de soutien au Chef de l’Etat, les meetings de remerciement des nouveaux ministres et même des anciens Ministres, les inaugurations d’infrastructures publiques sont devenus des tribunes où les inconditionnels du régime du Président Yayi l’invitent à rester au pouvoir afin de finir ses chantiers. Il est évident que pour rester, il doit y avoir modification de la constitution, car la constitution béninoise accorde au Président élu deux mandats non renouvelables.
Le Bénin n’est pas un cas isolé sur le continent africain. Le même débat autour de la révision constutionnelle et de la limitation du nombre de mandats présidentiels se déroule dans plusieurs pays africains à l’heure actuelle : Burkina-Faso, Cameroun, Togo, Algérie, République Démocratique du Congo, Cameroun, Tchad, République du Congo, Burundi pour ne citer que ceux-là. Dans certains cas, pour les père de la nation les plus chanceux, la constitution prévoit déjà un nombre de mandats illimités, mais l’opposition dans ces cas tient à la changer pour en limiter le nombre à deux. Dans les deux cas de figure donc, tous les camps, opposition et pouvoir cherchent à modifier la constitution.
Plusieurs solutions sont proposées par ci et par là par des têtes pensantes, autorisées ou non. Le Président du Burkina estime quand à lui que les peuples africains ont besoin d’hommes forts pour les diriger, dans d’autres pays, on supplie juste le « père de la nation » de rester pour achever ces chantiers, etc.
Comment résoudre donc une fois pour de bon ces débats permanents en Afrique ? Comment pouvons-nous stabiliser nos démocraties naissantes ?
Prenons un exemple qui fonctionne : La République d’Allemagne. En Allemagne, le Chancelier qui détient le pouvoir exécutif est issu de la coalition majoritaire au parlement. Angela Merkel en est actuellement à son 3èm mandat. Un Chancelier avant elle avait réussi à faire 4 mandats de 4 ans. En effet si le peuple apprécie le travail et les résultats obtenus par celui qui est au pouvoir, pourquoi le changer ? ne dit-on pas qu’on ne change pas une équipe qui gagne ?
Si cela marche aussi bien en Allemagne, c’est pour une et une seule raison : LA LISTE ELECTORALE ET LA FIABILITE DU PROCESSUS ELECTORAL. En effet c’est la liste électorale fiable et des résultats sincères du processus électoral qui sont les instruments centraux qui font ressortir en chiffres le choix de la population. Dans tout pays où la liste est fiable et le processus électoral sans fraude, les consultations se passent plutôt bien, les élus sont vraiment les personnes auxquelles les populations ont accordées leur suffrage.
En Afrique malheureusement et surtout dans les pays cités plus haut, il se pose soit un problème de fiabilité de la liste électorale, soit de fraude généralisée lors des consultations électorales, soit de fragilisation et de persécution des ténors de l’opposition. La persécution de l’opposition passe par des arrestations et des procès à tout bout de champ contre les opposants au régime pour divers chefs d’accusation à savoir : outrage au Chef de l’Etat, incitation à la violence, dégradation de biens publics, tentative de viols, etc. tout est mis en œuvre pour que les opposants se tiennent à carreaux sinon, pour eux c’est aller retour case prison – maison.
La non fiabilité de la liste électorale et les fraudes électorales sont les plaies des jeunes démocraties africaines. Très rares sont les pays du continent où les élections ne sont pas contestées. L’opposition béninoise ne s’est pas encore remise de l’historique KO du premier tour des élections présidentielles de 2011 qui ont vu la réélection du Président Boni Yayi. Les contestations dans les rues avaient été étouffées dans l’œuf par les forces de l’ordre. Le cas n’est pas plus reluisant dans les autres pays.
Depuis plusieurs années, les élections municipales n’ont pu être tenues au Bénin à cause de l’indisponibilité de la liste électorale informatisée appelée LEPI. Il n’est pas sûr que les élections législatives et présidentielles auront lieu, toujours faute de liste électorale fiable et consensuelle. C’est à ce niveau que les africains, société civile, politiciens et partenaires technique et financiers qui mettent la main à la poche lors des joutes électorales en Afrique devraient concentrer leur effort. Pour une démocratie viable et sincère en Afrique, il faut absolument que les listes électorales soient fiables et consensuelles et que la fraude soit endiguée lors des opérations de vote.
Si les processus électoraux sont sincères, nul besoin de limiter le nombre de mandat présidentiel. Le peuple a bien le droit de reconduire une équipe qui réussit comme en Allemagne.
C’est ce que je pense en tout cas.


Le « vieillard » Eto’o, un exemple à suivre pour tous les africains

 

Il a répondu à son entraîneur sur le terrain. José Mounrinho le « Spéecial One » avait traité Eto’o de « Vieux ». Eto’o n’a pas tenu à répondre en tant que tel dans les médias. Il a répondu à son entraîneur lors du match de Chelsea contre Totenham le week-end suivant. ll s’est illustré en marquant un but et en délivrant une passe décisive. Mais l’image du week-end aura été la marche de vieillard grabataire que Eto’o a esquissé après son but. Il a répondu aux yeux du monde à son entraîneur qui a pris la chose avec le sourire.

Cela me rappelle les paroles de mon Père il y a une dizaine d’année. J’étais très énervé contre un supérieur qui m’avait traité sans égards. Mon Père m’a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée : « Mon fils, la meilleure des colère est celle qui te pousse à travailler plus dur ». J’ai paraphrasé le dicton de la langue « fon » du centre du Bénin. Depuis ce jour, je me suis toujours servi de ma colère pour avancer dans chaque situation. Les critiques m’amènent à me surpasser, à réaliser de grandes choses, à relever des défis.

Aujourd’hui l’Afrique et les africains sont à tort ou à raison traités de tous les petits noms et avec condescendance par leurs interlocuteurs étrangers. Mais que pouvons nous faire contre cet état de choses ? Ce n’est pas seulement d’intenter des actions en justice, de répondre sur les radios et plateaux de TV, mais de démontrer par les faits ce que nous valons.

J’espère bien que Eto’o fera de même avec les lions indomptables du Cameroun au mondial. On raconte que les africains sont trop fêtards et trop peu disciplinés pour remporter une coupe du monde. L’exemple des sénégalais durant le mondial 2002 en est une illustration. Après leur victoire en huitième de finale, au lieu de rester concentrés, ils ont fait la fête toute la nuit en boîte. Le résultat a été une élimination en quart de finale par la Turquie.

Les Togolais ont gâché leur unique participation à un mondial par des disputes interminables autour des primes de match. C’était la grande honte de tout un continent. Les exemples sont légions de j’espère que toutes les frustrations et colères seront transformées en actions positives par les représentants africains au prochain mondial brésilien.

Vouloir c’est pouvoir dit-on. Nous avons tellement de preuves de personnes qui ont renversé des montagnes et rendu l’impossible possible rien que par leur seule force de volonté. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». C’est l’une de mes citations préférées.

En Afrique, nous nous plaignons souvent de manque de moyens financiers, de pauvreté, etc. Ces raisons sont souvent mis en avant pour justifier la médiocrité de nos vies et de nos pays. Mais je crois fermement que le manque de moyen et la pauvreté doivent être de puissants leviers mentaux qui doivent nous pousser à l’action pour que les générations futures vivent dans un meilleur Afrique, un meilleur monde. Le meilleur est possible et dans tous les pays où il y a eu une prise de conscience de la classe politique, les résultats ont suivi. Les Ghanéens sous le leadership d’un certain Jerry Rawlings ont entamé une révolution sociale et économique depuis une trentaine d’années bientôt. Les résultats sont palpables de nos jours. Le Ghana est cité en exemple dans tous les pays africains pour son extraordinaire bond en avant sur le plan économique. Les ressortissants ouest-africains courent à Accra pour se former dans tous les domaines. Et pour couronner le tout, Le Ghana a découvert d’importants gisements de pétrole. Soyons clairs, le pays ne comptait pas sur cette manne pétrolière avant d’entamer sa révolution mentale, sociale et économique, mais voilà ils ont décidé, ils se sont mis au travail et Dieu a sûrement voulu les accompagner en leur apportant à sa manière une source abondante de devises pour financer tous leurs projets. Dieu a dû se rendre compte que ces gens pouvaient sérieusement bien gérer cette manne.

N’attendons pas les moyens avant de nous mettre au travail. Lançons nous dans la réalisation du meilleur, mettons l’excellence dans tout ce que nous faisons et des miracles se produiront. J’en ai fait l’expérience plusieurs fois dans ma vie, j’ai vu des gens le faire, j’ai vu tout un peuple le faire avec succès.

Les pays tels que le Cap-Vert, le Botswana, le Ghana pour ne citer que ceux-là ont fait des bonds de géant en une trentaine d’années, donc juste une génération. Des hommes en ont eu marre un jour de la médiocrité, de la pauvreté et ses corolaires. Ils ont insufflé un nouveau dynamisme à leurs concitoyens par leurs actions. Par exemple, afin de promouvoir l’hygiène et loin de tout stérile populisme, Rawlings n’hésitait pas à descendre dans les marchés ghanéens pour balayer lui-même les ordures. Aujourd’hui, le Ghana est l’un des pays les plus propres du continent. Le peuple est toujours prêt à suivre lorsque l’exemple vient d’en haut. Nos Leaders doivent souvent se répéter cette citation : « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités ».

La Présidente Joyce BANDA du Malawi, une femme admirable a préféré ne pas suivre tout comme une brebis la consigne de l’Union Africaine (des Chefs d’Etat). Elle s’est promise d’arrêter et de remettre à la CPI le Président soudanais si jamais ce dernier mettait les pieds au Malawi. Elle n’a pas eu peur d’être mise en quarantaine par les autres dinosaures, elle sait qui elle est et cela a fait toute la différence. Elle a quelque part donné un peu de fierté à tout un continent où les dirigeants sont traités comme des « phénomènes » à part par les autres chefs d’Etat du monde.

Nous avons la possibilité de faire de ce continent le meilleur endroit où vivre sur cette terre. Il suffit juste d’avoir plus de Eto’o, de Rawlings, de Joyce Banda, de Cheikh Anta Diop et j’en passe.

La meilleure des colères est celle qui te pousse à travailler plus dur.


Réussir en politique en Afrique : Mode d’emploi « pour les nuls »

Comme l’a écrit Rudyard Kipling: tu seras un homme « politique » mon fils si tu mets en pratique ses quelques petits conseils :

Introduction

En Afrique le monde politique a ses propres règles et tout apprenti politicien, tout futur crocodile qui souhaite évolué dans les eaux troubles  des marécages politiques africains doit maîtriser quelques données topographiques de ces bas-fonds pas comme les autres.

LES LOUANGES DU CHEF TU CHANTERAS

“Président 20 ans, Président 20 ans”. Non vous ne rêvez pas, nous sommes dans un pays africain, pays démocratique ou la constitution précise bien que la durée du mandat d’un Chef d’Etat élu est de 05 ans renouvelable une seule fois. Donc en aucun cas, un Président élu ne peut passer 20 ans au pouvoir. Pourtant lors d’une visite du Président de cette République dans une ville du pays, un cadre, politicien zélé n’a trouvé rien de mieux pour faire plaisir à son mentor de Président que de distribuer de l’argent à la population pour chanter « Président, 20ans, Président 20 ans».

C’est cela la politique en Afrique. Les règles sont faites pour être violées, en toute connaissance de cause.
Un autre apprenti politicien, cadre de l’Etat et Directeur d’une grande société publique n’a trouvé lui rien de mieux à faire que d’organiser un meeting politique dans sa ville natale et devant toutes les caméras du pays réunies, il a chanté les louanges du Président pour ensuite dire à la population “ Si le Président dit on va à gauche, tout le monde va à gauche. Si le Président dit on va à droite, tout le monde va à droite. Si le Président dit on avance, tout le monde avance”. Bref, il prend les populations pour des moutons aux cerveaux lobotomisés, incapables de réfléchir par eux-mêmes. Connaît-il seulement l’histoire du mouton de Panurge.
Un Député du même pays a poussé le zèle si loin qu’il a comparé son Président de Mentor au Bon Dieu. En effet, selon lui le Président tient toujours ses promesses, comme le bon Dieu quoi !
Tout Ministre, Député de la mouvance présidentielle, Directeur de Société d’Etat, Cadre de l’Administration Publique ne doit tenir de discours public sans prononcer au moins une fois le nom du Président de la République. Un ministre ne s’affirme pas, il ne dit pas “j’ai décidé”. Il vient juste rapporter ce que le Président a décidé, même si c’est sa propre initiative. A l’occasion de chaque cérémonie de mise en service ou d’inauguration de chantier de route, pont, piste rurale, module de classe d’école, infrastructure d’utilité publique, etc, je suis souvent ému devant ma télévision. En effet, les populations bénéficiaires des infrastructures sont souvent invitées à remercier le Chef de l’Etat pour le cadeau qu’il a bien voulu leur faire. On dirait que les fonds ayant servi à réaliser ses infrastructures venaient de la poche du Président et n’étaient pas des dettes à rembourser. Je croyais que le rôle du Président élu était de travailler pour le bien de la population. En Afrique, la réalité est tout autre. Il faut remercier toujours “le Père de la Nation” d’avoir fait son travail, d’avoir daigné faire un cadeau au peuple.

DES CÉRÉMONIES RELIGIEUSES DE REMERCIEMENT TU ORGANISERAS.

J’ai découvert cette mode au Cameroun dans les années 90. Après chaque remaniement ministériel, les nouveaux Ministres “heureux élus” organisent des messes d’actions de grâces dans les Eglises pour les Chrétiens et dans les Mosquées pour les Musulmans. Durant ces services religieux, on prie pour le pays, son Président à qui on souhaite longue vie et long règne, puis on remercie le Président tout puissant d’avoir nommé ce ministre au poste de serviteur de la République. Les “Guignols de Canal Plus” auraient remercié pour être invités enfin à la mangeoire, ce qui est plus proche de la réalité. Avec le temps la pratique s’est répandue à tous les pays africains. Certains Ministres ou cadres font mieux, ils organisent les messes d’actions de grâce dans les Églises, des prières dans les Mosquées. Laïcité, quand tu nous tiens. Pour les animistes, on ne s’inquiète pas, cela se fait d’habitude en amont de la nomination et surtout la nuit. Même procédé après la nomination.

“FILS DE CHEF D’ETAT, C’EST CARRIERE”.

Quand j’étais petit, le Maître d’école nous demanda un jour notre profession de rêve. Il y eu florilège de réponses. Maître, Docteur, Ingénieur Ponts et Chaussées, aviateur, Ministre, etc. La profession qui m’a le plus marqué est celle de « KEREKOU ». Pour ceux qui ne le savent pas, Mathieu KEREKOU était Président de la République du Bénin de 1972 à 1991. Donc en 1982 où mon maître d’école primaire posait cette question en classe, le culte de personnalité était à un tel niveau que plusieurs écoliers pensaient que de même que certains avaient pour profession enseignant, Mathieu KEREKOU avait pour profession PRÉSIDENT. Et nous n’étions pas les seuls à entretenir de telles idées sur le continent. Les “Pères de la Nation” en Afrique ont le secret pour durer au pouvoir. Des générations entières d’africains ne connaissent qu’un seul Président de leur naissance à l’âge adulte en passant par l’enfance et l’adolescence. Faisons l’inventaire :

– Côte d’Ivoire : Houphouet Boigny : 40 ans de règne
– Somalie : Siad Barré : 40 ans de règne
– RDC, ex-Zaire : Mobutu Sésé Séko, 40 ans
– Guinée Equatoriale : Théodoro Obieng Nguéma : 35 ans (en cours)
– Gabon : Omar Bongo : 40 ans (en cours, à travers son fils)
– Togo : Eyadema 35 ans (en cours à travers son fils) Cameroun :
– Paul Biya : 32 ans (en cours)
– Burkina-Faso : Blaise Compaoré : 28 ans (en cours)
– Congo : Denis Sassou NGUESSO : 22 ans (en cours)
– Tchad : idriss DEBY : 27 ans (en cours)
– Etc… (en cours)

Je sais que je n’ai pas tout cité, mais à voir de près, on se rend compte qu’il y a plus de royaumes en Afrique que de Républiques aux démocraties souvent pompeusement qualifiées de « Démocratie avancée ». Suivez mon regard. Et dans tout cela, il y a la famille du Chef de l’Etat. Si un homme a la chance de naître fils de Chef d’Etat, il est déjà un politicien accompli (de naissance). Poste Ministériel, poste de conseiller, Directeur de Société, Président de Conseil, etc… En Afrique, comme l’a dit un de mes amis ivoiriens, « Fils de chef d’Etat, c’est carrière »

DE LA MOUVANCE PRESIDENTIELLE, TOUJOURS TU SERAS MEMBRE

Un politicien africain qui veut réussir en politique et bien gagner sa vie doit toujours être dans la mouvance présidentielle. En Europe les choses sont claires, vous êtes soit de la gauche soit de la droite. Aux USA, vous êtes démocrate ou Républicain. Il est très rare de voir des politiciens changer de parti politique ou de courant idéologique durant leur carrière politique. On peut se disputer dans le parti, il peut y avoir guerre de leadership, mais c’est une grande famille. Il peut y avoir des courants idéologiques dans le parti, mais tout le monde y reste. Valls, Aubry, Royal et autres sont restés au PS pour aider à l’élection de François Hollande après avoir perdus les primaires. En Afrique, chacun de ses ténors du PS auraient quitté le PS pour aller créer leur propre parti politique dont ils seront le « Président. »
Je vous garanti que c’est sur le continent africain que se pratique la « vraie démocratie ». Les politiciens n’ont pas de courant idéologique, seul l’intérêt personnel immédiat compte (au nom des électeurs bien sûr). Les seuls courants politiques connus sont :
– La mouvance présidentielle
– L’opposition, mais comme le dit un de mes amis humoristes, «En Afrique, il n’y a pas d’opposants, il n’y a que des mécontents ».
– Les centristes. Ne vous y prenez pas. Un centriste en Afrique est un politicien qui a sa veste à la main. Il peut ainsi la retourner quand ses intérêts sont en jeu. On tourne la veste du côté du pouvoir pour aller à la mangeoire, puis on la retourne dès que l’on est plus en bon terme avec le parti au pouvoir. C’est cela être du centre en Afrique.

Des politiciens africains ayant fait près de 30 ans de carrière politique n’ont jamais connus l’opposition. Opposition an Afrique rime avec pauvreté. Que voulez-vous ? En Afrique, les mandats présidentiels sont interminables, être opposant n’est donc pas un « bon choix de carrière » car vous risquez de ne pas avoir de carrière du tout.
Les crocodiles politiques ont le secret pour être de tous les marigots. Ils ont beau avoir été très critiques et violents envers un candidat durant les campagnes présidentielles, si ce dernier remporte les élections et devient Président, alors les mêmes crocodiles qui étaient ses farouches adversaires trouvent immédiatement les mots pour chanter les louanges du nouvel élu. Il n’y a pas de honte à aller à la mangeoire. Celui qu’on a dépeint comme le Diable le matin est présenté comme un Ange immaculé du bon Dieu le soir du même jour. Les intérêts pécuniaires et politiques déterminent l’angle sous lequel l’adversaire est présenté.

LE PEUPLE TU CORROMPRAS

Sous d’autres cieux, les politiciens créent le cadre et les conditions nécessaires pour que le peuple s’épanouisse, travaille dans les meilleures conditions pour gagner sa vie et subvenir à ses besoins. En Afrique, c’est un tout autre procédé. Pour conquérir un nouvel électorat ou pour maintenir celui existant, les politiciens africains ont plusieurs tours dans leurs sacs :

1- Distribuer des vivres et faire des dons aux populations dans les périodes de fêtes de fin d’année, fêtes religieuses, campagnes électorales, etc
2- Ouvrir des structures de micro finance à l’intention des plus pauvres.
3- Faire des distributions d’argent en espèces pour acheter des voix lors des campagnes électorales
4- Distribuer des fournitures scolaires aux parents à l’approche de la rentrée scolaire
5- Organiser des tournois sportifs dotés d’un prix au nom du candidat
6- Construire des modules de classe dans les villages et quartiers de villes. Veuillez à ce que sur le fronton de l’infrastructure votre nom soit écrit en grands caractères
7- Construire des hangars dans les marchés pour les femmes. Mettre son nom en grands caractère sur le fronton
8- Donner de l’argent en espèces aux populations en cas de sinistres tels qu’incendie, inondation, etc et même si vous êtes Président de la République, précisez aux populations que ce don vient de votre propre poche.
9- Petite astuce pour se faire nommer Ministre : Envoyer une délégation de son village auprès du Président de la République pour lui rappeler que tout le village et cette commune le soutiennent et que la meilleure manière de les remercier est de nommer un des leurs dans le Gouvernement.

LA LISTE ÉLECTORALE TU MAITRISERAS ET LA CONSTITUTION TU MODIFIERAS PUIS LES RÉSULTATS ÉLECTORAUX TU TRIPATOUILLERAS.

Les débats sur les modifications de la constitution dans les pays africains agitent régulièrement les masses. C’est un vrai problème de société. Vers la fin du mandat de chaque Président africain, ce problème ressurgit. Au Sénégal, Wade a fait des pieds et des mains pour valider une modification constitutionnelle afin de se représenter aux élections présidentielles. Les débats furent houleux, une frange de la population s’est soulevée, il y eut des marches, des meetings de protestation, des actions en justice, mais Wade tint bon et se présenta aux élections. Malheureusement pour Wade, il échoua aux élections car la liste électorale sénégalaise est sûre. La liste sénégalaise est une liste de confiance et n’est pas manipulable par n’importe qui.
Tous les pays africains n’ont pas cette chance. Les béninois sont encore KO debout après le KO électoral réalisé par le Président actuel en 2011 au premier tour. Avec la liste LEPI, personne n’a rien vu venir. C’était une « liste électorale permanente  informatisée » jugée « très sûre ».
« Président fondateur » de Mamane sur RFI est souvent élu à plus 99,99% des suffrages exprimés ». C’est le rêve de tous les Présidents et députés africains en périodes électorales.
En effet les élections sont un indice important de la vitalité de la démocratie d’un pays. Alors pour être un bon politicien en Afrique, il faut apprendre à gagner les élections quelques soient les suffrages exprimés par les populations. Il existe plusieurs manières de toujours gagner les élections en Afrique. Voici quelques unes :

– Avoir des complices parmi les accesseurs des bureaux de vote
– Donner de l’argent aux populations pour choisir votre bulletin de vote
– Maîtriser la liste électorale pour que cela donne toujours le résultat que vous souhaitez. La liste doit être programmée pour donner un résultat supérieur à 50% quelque soit les suffrages exprimés.
– Faire disparaître les urnes contenant les suffrages qu’on pense défavorables à votre camp. Georges Bush et ses apprentis tripatouilleurs auraient dû venir se former en Afrique. J’en ai rit jusqu’aux larmes lorsque j’ai appris que des urnes avaient été retrouvées dans une église dans l’Etat de Floride au cours des élections de l’an 2000.
– Ne pas organiser les élections tout simplement en les repoussant aux calendes grecs.

Inutile de mentionner qu’en Afrique, un candidat aux élections présidentielles n’est pas élu selon un programme de société mais selon d’autres critères bien moins intellectuels. La victoire revient à celui qui :
– distribuera le plus d’argent,
– aura le plus de chef traditionnels et religieux de son coté
– aura le plus d’hommes d’affaires dans ces poches,
– maîtriseras la liste électorale
– maîtriseras la commission électorale Indépendante ou autonome (CENI ou CENA)
– racontera le plus de mensonges sur le compte des autres candidats
– démontrera dans tous les villages où ils de rendra qu’il a des liens de parenté avec les villageois
– etc.

Constitution

Les pays africains ont presque tous adopté dans les années 1990, années d’effervescence démocratique, des constitutions où il était bien précisé noir sur blanc que la mandat présidentiel est de 05 ans renouvelable une seul fois. Donc clairement, aucun Président ne peut faire plus de 10 ans de pouvoir. Mais une chose est d’écrire, l’autre est de mettre en pratique. Vers la fin du second mandat de nos Présidents « Pères de la Nation », nous remarquons :
– des marches de soutien pour inviter le Président à prolonger son mandat afin d’achever les chantiers qu’il a entamé (au Niger on parle de Tazarché)
– des discours pour susciter une révision de la constitution
– des insultes publiques où les partisans du Président estiment que l’opposition n’est pas prête à gouverner et que le Président est le seul capable de diriger le pays.
– Marches, meeting, inaugurations de nouveaux chantiers publics doivent se succèder à un rythme effréné.
– Des articles de journaux critiquant l’article de la constitution qui limitent le nombre de mandats présidentiels paraissent presque tous les jours. – Les populations des villages qui ne comprennent même pas un seul mot de la constitution lisent des discours douteux dans un français à faire se retourner Molière dans sa tombe pour réclamer la révision de la constitution.
– Les historiens auto proclamés viennent sur les chaînes de TV pour démontrer que les sociétés africaines sont habituées à un règne royal de longue durée et non à des changements de chef intempestifs. (ils nous prennent vraiment pour des cons)
– Etc.

En ces périodes d’hystérie révisionniste, presque tout le monde devient constitutionnaliste dans le pays. Mais moi, j’ai la solution qui est toute simple et toute bête. Ils n’ont qu’à s’inspirer de Vladimir Poutine. « Lui il connaît » comme dirait un ami ivoirien.

AU DESSUS DE TES MOYENS TU VIVRAS

La politique en Afrique semble être devenue la voie la plus facile pour s’enrichir rapidement. Plusieurs jeunes diplômés des universités se battent pour être bien vus des ténors politiques car il suffit d’une nomination dans un cabinet et la vie prend une autre tournure. Belles voitures, sorties en restaurants chics, belles maisons, costumes et « pompes » italiennes, belles gonzesses, billets d’avion, comptes bancaires garnis, etc. La progression est tellement fulgurante que tous les jeunes se ruent vers la politique. Que voulez-vous ? celui qui est moins diplômé que vous, qui se trainait dans les rues matin et soir à la recherche de sa pitance commence à vous narguer au bout de quelques mois car il est devenu très proche d’un certain homme politique bien placé. Ça donne envie. Alors jeune africain, ne suis surtout pas ce conseil, mais veux tu vite t’enrichir ? Alors engages toi en politique, mais choisis bien ton camp, vas dans la mouvance présidentielle car à l’opposition, tu n’auras rien.

Si tu suis ces quelques conseils, tu seras un « bon politicien » mon fils.


Universités béninoises : les profs font sévir le droit de cuissage

Il m’arrive de donner des cours de E-commerce et E-marketing dans certains établissements supérieurs de Cotonou la capitale du Bénin. Les Étudiant(e)s en quête d’opportunités vous demandent souvent des petites faveurs. N’allez pas comprendre autres choses, petites faveurs signifient :

–         Monsieur pouvez-vous m’aider à trouver un stage ?

–         Monsieur pouvez-vous m’aider à trouver un boulot dans une entreprise ?

–         Pouvez-vous être mon maître de mémoire ?

–         Pouvez-vous me conseiller pour la réalisation d’un site Internet personnel ?

–         Etc…

Des demandes tout à fait banales, des services que je peux rendre et que je rends souvent avec plaisir et sans problèmes. Je n’accepte pas souvent de prendre des mémoires car je ne reste jamais sur place très longtemps. J’ai la bougeotte à cause de mon travail de consultant IT et Coach de vie et je ne voudrais pas que mon style de vie pénalise les étudiants.

Mais un jour, j’ai vraiment eu honte d’être un homme, un mâle. Ce jour, j’ai souhaité que la terre s’ouvre sous mes pieds pour que j’y disparaisse.

Un soir, j’étais allé délivrer mon cours et bizarrement ce jour là, il n’y avait que des représentantes de la gent féminines dans la salle de cours. Ces dames et demoiselles me demandèrent si je pouvais leur trouver un stage ou un boulot ou encore être leur maître de mémoire etc. Je leur demandai tout simplement de me faire parvenir leur CV et que je verrai bien auprès de quelle entreprise déposer leurs dossiers. Elles continuèrent en me racontant les mésaventures qu’elles avaient déjà vécues avec certains autres collègues professeurs. Ces professeurs représentant de la gent masculine n’hésitaient pas selon ces demoiselles à :

1-    Première histoire : le professeur m’a donné rendez-vous dans un bureau. Je lui ai apporté le CV sur place et puis il m’a invité à aller prendre un pot (boire un coup) pour mieux discuter du type de boulot que je désirais. J’ai accepté et l’ai suivi, mais après le pot, il m’a conduit tout droit à un CP (Chambre de Passage dans le jargon béninois). Devant mon refus ferme de le suivre à l’intérieur, il m’a dit que je venais de griller mes chances de trouver un stage par son canal. J’étais interloquée et me sentais humiliée.

2-    Seconde histoire : il était mon maître de mémoire. Il a rejeté mon travail plusieurs fois, je ne sais pourquoi. Quand finalement j’ai pu avoir une entrevue avec lui, il m’a clairement signifié que si je voulais qu’il soit mon maître de mémoire, j’avais deux possibilités. Soit je baissais ma culotte, soit je lui payais 35.000 FCFA.

Devant mon étonnement et mon refus de croire à de telles histoires, les autres filles ont renchérit que c’était monnaie courante, et que les professeurs ont toujours considéré les universités privées comme des viviers à filles où ils pouvaient s’en taper autant qu’ils voulaient et après aller raconter leurs exploits entre mecs. (Soit dit en passant, un vrai homme ne raconte pas de tels soi-disant exploits, messieurs, un conseil si je puis me permettre : il faut oublier ce type de conversations de vestiaires ! les vrais hommes n’ont pas besoin de ça).

A ma question de savoir si elles se sont plaintes à l’administration, elles m’ont répondu que les plaintes n’ont presque jamais de suite. L’administration selon elles banalisaient la situation et ne leur offrait pas une oreille attentive.

Devant mon étonnement grandissant, elles me demandèrent d’arrêter de faire mon malin car j’étais aussi un homme et que je savais très bien de quoi elles parlaient. Elles étaient sures que je tenais de telles conversations avec mes chers collègues. J’avoue que depuis que Dieu m’a donné deux enfants du sexe féminin, j’ai pris conscience de la valeur de la femme et je ne regarde plus de film X ni ne tient des conversations de vestiaires sur mes exploits sexuels. Penser à mes filles me conscientise.

Hé oui, ce jour là j’ai vraiment eu honte d’être un mâle. Malgré mon mètre quatre vingt seize de taille, Je me sentais tout petit. J’avais perdu mon latin. Je tenais à peine sur mes jambes. Je ne pouvais imaginer que des hommes, pères de famille, pères de jeunes filles, enfants issus d’une femme, puissent profiter de leur position d’enseignants pour abuser de leurs étudiantes. C’est de la lâcheté, de la faiblesse et de la couardise qui ne dit pas son non. On ne peut appeler ces individus des hommes, ce qualificatif est trop d’honneur leur faire.

Je ne suis pas un saint. J’aime les femmes. Mais la séduction est un art, c’est l’art d’amener une personne à consentir à ce que vous souhaitez, dans la bonne humeur et de son plein gré. Le vrai séducteur se fait tellement désirer que c’est la personne convoitée elle-même qui le poursuit de ses intentions. Le chantage n’est pas de la séduction, c’est de la lâcheté.

L’enseignement est un métier noble et toute personne qui a la chance d’accéder à ce poste doit faire honneur à son titre d’enseignant. Il ne doit pas en profiter pour instaurer un droit de cuissage systématique avant de faire le travail pour lequel il est payé.

J’ai discuté du problème avec une amie doctorante à qui j’ai raconté ma mésaventure en salle de cours. Elle a corroboré les faits en me racontant qu’elle-même aurait pu avoir depuis belle lurette une bourse d’étude pour préparer son doctorat. Elle aurait même dû soutenir sa thèse deux ans plus tôt, mais malheureusement pour elle, elle n’a jamais consenti à jouer le jeu et à baisser la culotte, alors elle a été recalé à chaque fois. Cette pratique est monnaie courante sur le campus m’a-t-elle assuré et plusieurs dames ont dû prendre par ce chemin pour finir les études et avoir les précieux parchemins.

D’autres jeunes femmes prennent carrément les devants et vont-elles-mêmes proposer directement la « chose » aux « profs ». C’est une manière de prendre les devants. Voilà encore un autre cas à désavouer avec la dernière énergie.

Chers collègues, aidez moi à changer la définition de collègue en quelque chose de plus honorable, plus pur, plus humain.
En effet Collègue signifie : Personne peut intelligente mais qui inexplicablement fait le même travail que nous.

Halte au harcèlement des jeunes filles sur les bancs. Cela ne fait pas honneur à la gent masculine.

« Petit Pays, Avocat Défenseur des femmes, tu as encore du boulot ».